La deuxième digue

La construction de la deuxième digue de Nodeven

Après la destruction de la première digue, la propriétaire demande l’autorisation de construire une nouvelle digue « en arrière de la première » et selon une technique différente.

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L’administration qui avait imposé le mode de construction de la première digue qui n’a pas tenu plus d’une année, se montre cette fois-ci plus conciliante et laisse la propriétaire choisir la technique.

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L’autorisation de construction de la nouvelle digue est accordée le 14 mai 1834. Il s’agit cette fois-ci de la digue actuelle, entre Le Curnic et Nodeven.

Le Ministre secrétaire d’Etat des finances

Vu l’ordonnance du Roi, du 15 septembre 1831, qui concéda à Mme Vve Merven, née Gaultier, un lais de mer situé à Guissény, département du Finistère, à la charge de construire dans un délais de dix ans une digue sur l’emplacement et conformément aux plan et devis arrêtés par les ingénieurs (articles 3 et 5), et sous la conditions (article 4), de justifier chaque année qu’il a été exécuté au moins un neuvième de cette digue ;

La pétition par laquelle la dame Veuve Merven après avoir exposé que, dans le cours de l’année 1832, elle avait complètement terminé la digue, selon les conditions qui lui avaient été imposées, mais que cette digue n’ayant pu soutenir l’effort de la mer, elle a été emportée par les flots en 1833, ainsi qu’une partie des bâtimens d’exploitation qui avaient été édifiés sur le terrain endigué, demande l’autorisation de construire une nouvelle digue en arrière de la première, mais avec un profil différent, le premier mode qu’elle avait été obligée de suivre n’ayant pas réussi.

L’avis du conseiller d’Etat chargé de l’administration des Ponts et Chaussées, portant que le changement proposé par Madame Veuve Merven, dans l’emplacement et le mode de construction de la digue, peut porter atteinte à aucun intérêt public ni privé, que la concessionnaire exécutant les travaux à ses risques et périls, doit être libre d’en déterminer le système et qu’on ne peut lui interdire la faculté de substituer à un mode incertain un mode plus coûteux, mais dont l’expérience a sanctionné le succès dans la contrée même où il doit être employé.

L’avis du conseiller d’Etat, Directeur général de l’administration des Domaines et de l’Enregistrement, par lequel il fait observer que dans les travaux de cette nature, le gouvernement ne doit régler que ce qui concerne les intérêts publics ou privés ; que les concessionnaires doivent avoir le choix de leurs moyens d’exécution ; que ce principe a été consacré par l’article 9 de l’ordonnance du 28 février 1831, relative aux travaux publics ; que d’un autre côté l’obligation de construire une digue par neuvième pourrait devenir sans profit pour l’Etat, une cause d’inquiétude pour la concessionnaire qui annonce d’ailleurs l’intention de refaire en entier la digue avant l’équinoxe d’automne.

Considérant que Madame Veuve Merven avait rempli, dans le cours de l’année 1832, les obligations qui lui étaient imposées par l’article 3 de l’ordonnance du 15 septembre 1831, et pour laquelle il lui avait été accordé dix ans ; que la condition résolutoire réservée au Domaine dans le cas où l’endiguement n’aurait pas été effectué dans le délai fixé, ne pourra être invoquée qu’à l’expiration de ce délai ; que la concessionnaire offre de réparer immédiatement le désastre qu’elle a éprouvé, et que non seulement elle aura de nouvelles dépenses à faire, mais qu’encore, elle sera obligée de laisser à l’action de la mer une partie du terrain qui lui a été concédé et dont elle a payé le prix ;que la perte déjà éprouvée par Mme Merven et la nouvelle tentative qu’elle se propose de faire, doivent porter l’administration à lui accorder toutes les facilités qui ne porteront aucun atteinte au principe de l’ordonnance du 15 septembre 1831. Décide ce qui suit  :

  • Article 1er : Madame Veuve Merven est autorisée à élever une nouvelle digue sur le lais de mer de Guissény, soit sur l’emplacement qui avait été fixé par le plan joint à l’ordonnance du 15 septembre 1831, soit en arrière de cet emplacement.
  • Article 2 : La Concessionnaire pourra donner à la nouvelle digue la hauteur et le profil qu’elle jugera le plus propre à garantir la solidité convenable et à prévenir tout nouvel accident, mais elle sera obligée de conserver les deux aqueducs à clapet, exigés par l’article 3 de l’ordonnance précitée.
  • Article 3 :La Concessionnaire ne sera pas tenue de la justification exigée par l’article 4 de cette ordonnance, mais les travaux devront être complètement terminés dans le délai de dix accordé par l’article 3, et c’est à l’expiration de ce délai que les Ingénieurs des Ponts et Chaussées devront

fait à Paris, le 14 mai 1834 . Signé : Humann. Pour ampliation, Le Conseiller d’Etat Directeur général

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Le 20 juin 1834, le conseil municipal de Guissény est appelé à statuer sur l’extraction des pierres nécessaires à la construction de la nouvelle digue.

Il autorise "Monsieur Reynaud, architecte chargé de la construction de la digue du lais de mer de Guissény, d’extraire des pierres de toutes les carrières du rocher du Squéis et sur les dunes près le Bec-an-nanquoupendoul, l’espace d’une année à partir du 16 avril 1834 aux conditions suivantes.

M. Reynaud comptera à la commune entre les mains de M. le receveur municipal la somme de cent francs sitôt la digue achevée.

En outre, il comblera les trous faits par des carriers sur le rocher du Squéis et Bec-an-nanquou avant le 16 avril 1835.

Il plantera à ses frais les bornes nécessaires pour marquer les délimitations du terrain de la commune et celui du lais de mer depuis l’extrémité nord-ouest de la digue jusqu’au chemin dit Carriguel-ar-vein-ven.

Le sieur Reynaud abandonnera également à la commune de Guissény la petite maison construite sur le Squéis par M. Derrien à l’exception de la toiture et tout le bois de charpente et menuiserie, et il jouira de cette maison jusqu’au premier juillet prochain".

Pour avoir une idée de la valeur de cette somme de cent francs, nous pouvons indiquer que le salaire journalier moyen d’un ouvrier employé par la commune aux travaux de terrassement ou d’empierrement pour l’entretien des chemins vicinaux était d’un franc.

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Mais les constructeurs de la digue du Curnic ont de nouveaux projets et proposent de bâtir une deuxième digue dans la baie du Quillimadec. Le 10 juillet 1834, le conseil municipal de Guissény exprime son opposition à cette dernière demande.

Les conseillers municipaux, "après lecture de la lettre de Mme Veuve Merven, en date du 1er juillet courant, laquelle déclare vouloir construire une digue entre les communes de Guissény et de Kerlouan à seule fin de s’approprier d’un lais de mer, nommé la palue de Lerret, ont décidé à la pluralité des voix que cette cloture qu’elle veut faire, serait nuisible et incommode pour les deux communes, principalement à celle de Guissény et pour les communes riveraines.

Voici la raison : les habitants se sont servis et se servent toujours des mottes et du sable pour améliorer et engraisser leurs terres, et leur étaient d’une grande utilité. que si on permettait à cette dame de construire cette digue, qu’elle a déclaré vouloir faire, serait incommode et très nuisible pour le pays.

ont décidé qu’ils n’accepteraient point à la construction de la sus-dite digue et donnent leurs oppositions et d’avis de prier M. le sous-préfet de l’approuver".

Le 1er septembre 1834, le conseil municipal se réunit pour étudier une « requête et déclaration » qui a été adressée par écrit au maire "par MM. Toullec et Troude, propriétaires d’une partie de la palue de Guissény, de la contenance de vingt cinq hectares, sauf la défalcation qu’ils sont obligés à fournir pour les chemins de communication en vertu de l’ordonnance royale en date du 15 septembre 1831 et enregistré à Guissény le 21 octobre suivant même année".

La lettre est la suivante :

Brest, le 1er août 1834,

Monsieur le Maire,

Les soussignés Toullec, propriétaire, et Troude, capitaine de frégatte, propriétaire indivis, en vertu d’acte du 30 octobre 1830 d’une portion du lais de mer en Guissény concédé à Madame Veuve Merven par ordonnance royale du 15 septembre 1831, veulent mettre en culture la portion qu’ils ont acquis, aussitôt que la clôture en sera terminée, et profiter du bénéfice de la loi qui accorde au concessionnaire l’exemption d’impôts pendant un certain nombre d’années moyennant la déclaration imposée aux propriétaires de terrains vagues d’en continuer sans interruption de défrichement, nous vous faisons connaître l’intention où nous sommes de commencer au mois de septembre prochain l’exploitation de 25 hectares que nous avons acquis de Madame Veuve Merven, nous vous prions de nous donner acte de la présente déclaration pour nous servir à ce que de droit.

Le maire leur donne acte de leur demande en vertu de l’article 11 de la loi du 4 novembre 1790.

Le 4 janvier 1835, le registre de Guissény enregistre un arrêté de la sous-préfecture de Brest autorisant la nomination d’un garde-champêtre particulier pour les nouveaux terrains gagnés sur la mer après la construction de la digue : "Nous sous-préfet de l’arrondissement de Brest, Chevalier de l’ordre royal de la Légion d’honneur, Vu la demande en date du six novembre dernier, enregistré le douze du même mois, formée par M. Lunven, notaire à Guissény au nom et comme fondé de pouvoirs des propriétaires des terrains provenant du lais de mer de cette commune, dit le Kurnic, à eux concédés par ordonnance royale du 15 septembre 1831, à l’effet d’obtenir l’autorisation d’avoir pour garde champêtre particulier, le sieur Cabon Jean-Marie pour être affecté spécialement à la conservation de la sus-dite propriété. Vu le certificat de bonnes vie et mœurs délivré au dit sieur Cabon par M. le maire de Guissény, en date du 10 novembre dernier. Vu l’ordonnance royale du 29 novembre 1820 et l’instruction ministérielle du 4 juillet 1827

arrêtons : art. 1er : le sieur Cabon Jean-Marie est nommé garde champêtre particulier de M. Lunven, notaire à Guissény, fondé de pouvoirs des propriétaires des terrains provenant du lais de mer dit le Kurnic pour être affecté spécialement à la conservation des sus-dits terrains situés dans la commune de Guissény. art. 2 : une expédition du présent arrêté sera remise au dit sieur Cabon Jean-Marie pour lui servir de commission. Il ne pourra exercer ses fonctions qu’après avoir prêté serment devant le tribunal de 1re instance à Brest et s’être accrédité près M. le Maire de la dite commune de Guissény. A l’hôtel de la sous-préfecture à Brest, le 5 décembre 1834. Le sous-préfet, signé : Cocagne. Enregistré à Brest le 17 décembre 1834. Le dénommé au présent arrêté a prêté le serment prescrit par la loi devant le tribunal civil de Brest ce jourd’hui 17 décembre 1834".

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Mais les sources de conflit continuent entre la municipalité et les concessionnaires : le 20 novembre 1835, le registre note encore que "M. Reynaud architecte prenait des mottes et du sable sur une propriété appartenant à la commune servant sécherie de gouémon« . Le conseil municipal autorise le maire à poursuivre M. Reynaud »pour réparer le tort qu’il fait à la propriété sus-dite sans avoir été autorisé ; de plus à l’obliger à combler les trous qui sont faits dans la dite carrière donnant sur la propriété sus-dite en 18334 ainsi qu’à placer les pierres bornalles dont il s’était obligé par un traité convenu entre M. Reynaud et le conseil municipal le 20 juin 1834".

Le 4 août 1836, une mention est rajoutée dans la marge du procès-verbal du 20 juin 1834 pour indiquer que M. Reynaud a acquitté la somme de 100 francs qu’il devait payer à la municipalité « sitôt la digue achevée ». On peut donc en conclure que les travaux de construction de la digue sont terminés à cette date. Mais il s’était engagé aussi à combler les trous faits dans les carrières et il n’a pas satisfait à cette obligation.

Le 18 mai 1837, le registre note que les concessionnaires de la grève devaient "combler les excavations qu’ils avaient pratiquées dans la dite grève pour l’extraction des pierres nécessaires à la construction de leur digue« . Ils offrent une somme de 100 F. pour être dispensés de remplir cette condition. Le conseil municipal considère que »ces excavations ne nuisent en rien que ce soit aux intérêts de la commune et à ses habitants… Les excavations se combleront d’elles-mêmes sous peu d’années au moyen des sables transportés par les vents« . Le conseil accepte donc la transaction avec M. Reynaud qui paye finalement 117 F., soit 17 F. supplémentaires »pour les pierres qu’ils ont été autorisés à extraire l’année dernière pour diverses constructions faites par eux".

En 1841, à l’échéance du délai de dix ans prévu par l’ordonnance royale de 1831, l’administration accorde le "certificat de réception définitive" à M. Reynaud (de Saint-Malo) .

Préfecture du Finistère : Certificat de Réception définitive « Lais de mer de Guissény » "Aujourd’hui, vingt cinq Septembre, Mil huit cent quarante et un, nous, Elève Ingénieur des Ponts et Chaussées, chargé de l’Arrondissement de Landerneau, nous étant transporté à Guissény, à l’effet de vérifier si les travaux prescrits par ordonnance royale du 15 septembre 1831, ont été exécutés conformément aux conditions exigées, avons reconnu que le sieur Reynaud de St Malo, cessionnaire de la dame Veuve Merven, à qui le lais de mer de Guissény avait été concédé, a donné conformément à l’article 2, de la décision Ministérielle du 14 Mai 1834, la hauteur et le profil le plus propre à garantir la solidité convenable et a établi les deux aqueducs à clapet, exigés par l’article 3 de l’ordonnance précitée ; en fois de quoi, nous avons délivré le présent certificat pour valoir ce que de droit". Landerneau, le 25 septembre 1841, L’Elève Ingénieur Vu par l’Ingénieur en chef, Quimper, le 27 octobre 1841.


Cette deuxième digue s’avère être plus solide que la première puisqu’elle est toujours en place aujourd’hui. Mais les difficultés liées à son existence n’ont pas disparu tout de suite.

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Le 1er août 1841, le conseil municipal de Guissény, réuni « relativement aux inondations de la baie Tréas-an-anouès,… déclare qu’il est impossible que cet état de chose puisse durer. Considérant que les clapets pratiqués dans la digue de Guissény sont insuffisants dans les fortes eaux en hiver et dans les temps d’orage en été, pour laisser échapper les eaux qui dévalent de l’extérieur des terres pour se jeter dans la mer. Considérant qu’il en résulte chaque année des inondations désastreuses, qui, non seulement envahissent les propriétés riveraines, mais encore interceptent les communications de commune à commune et empêche le transport du goëmon. Considérant qu’il est de l’intérêt public de signaler ces faits à l’autorité compétente ; que l’on tombe à l’époque de l’année où les travaux, auxquels on devra se livrer pour prévenir le retour de ces inondations, peuvent s’exécuter ; que si la belle saison s’écoule encore sans qu’on entreprenne ces travaux, on s’exposerait aux mêmes inconvénients. Considérant qu’il y a urgence. Le conseil invite instamment M. le Sous-Préfet à prendre telle mesure qu’il jugera convenable pour le faire cesser promptement ».

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Les clapets, mis en cause, avaient été prévus par l’article 3 de l’ordonnance du 15 septembre 1831 : « établir, dans le corps de la digue, un second aqueduc à clapet qui pourra fonctionner lorsqu’il y aura lieu de réparer le premier et à placer dans chaque aqueduc une vanne de sûreté en cas d’avarie des clapets  ». Cela avait été confirmé dans le certificat de réception définitive en 1841 : « a établi les deux aqueducs à clapet  ». Il semble donc que ces précautions n’aient pas été suffisantes.


Un projet d’une deuxième digue entre Guissény et Kerlouan avait été présenté en juillet 1834, pour récupérer « la palue de Lerret », et rejeté par le conseil municipal de Guissény. La question revient à l’ordre du jour en 1852 mais avec un autre objectif : il s’agit cette fois-ci de réaliser une digue pour faire passer une route entre Guissény et Kerlouan, au fond de la baie au lieu dit Le Coufon.

  • Le 16 octobre 1852,

« M. le Maire fait part au conseil du projet concerté entre lui et son collègue de Kerlouan, de lier entre elles les deux communes au moyen d’une digue à frais commun à la condition d’obtenir la concession du lais de mer dit Palue de Coufon. Considérant qu’il n’existe, à marée basse, qu’une route presque impraticable entre ces deux communes importantes et qu’à marée haute toute communication est interceptée. Vu les fréquents accidents résultant de la rapidité des grandes marées aux moindres retards qu’éprouvent les charrettes qui transportent les engrais de mer. Considérant que le chemin qui résulterait de la construction de cette digue présenterait le double avantage de permettre aux cultivateurs de faire à toute heure et sans accident possible, leurs charrois d’engrais, et de communiquer à volonté, avec les communes de Kerlouan, Plounéour, Goulven, Plouescat, etc… Vu l’importance incontestable de la création de ce chemin. Le conseil, à l’unanimité, sollicite, d’accord avec la commune de Kerlouan, la concession du lais de mer dit Palue de Coufon, à charge de faire une digue sur laquelle passerait le chemin vicinal destiné à lier les deux communes entre elles. M. le Maire est, en conséquence, autorisé à remplir toutes les formalités nécessaires pour arriver à ce résultat, le conseil s’engageant à lui accorder, sur sa demande, les sommes nécessaires à cet effet ».

  • Et le 1er avril 1853,

« le conseil considérant qu’il n’existe, à la haute marée, aucun chemin praticable pour communiquer avec Kerlouan dont les rapports avec Guissény sont de toute nécessité, tant pour le transport des engrais de mer, que pour les relations de bourg à bourg. Considérant que la partie de route à réparer et élargir en Guissény, pour arriver à la limite de Kerlouan, ne présente qu’une étendue de 12 à 1500 mètres, au milieu de laquelle se trouve la carrière communale ; que le chemin pour arriver à cette carrière doit être nécessairement réparé ; que, dès lors, il ne restera presque rien à faire pour compléter le travail. Considérant que, par suite des pluies et des neiges, presque tous les fossés se sont éboulés et que l’occasion est favorable pour obtenir une largeur provisoirement suffisante, au moyen d’une faible indemnité, si ce n’est gratuitement. Le conseil, à l’unanimité, vote le classement de cette route comme chemin vicinal de troisième classe et s’en rapporte à M. le Maire pour le faire passer, soit par le milieu du village de Kerbrésant, soit le long des méchous de Coufon, suivant la direction qui lui paraîtra la plus économique  ».

  • Le 16 novembre 1865, le conseil vote une somme de cinquante francs « pour venir en aide aux victimes des inondations de la marée du quatre courant ». Mais cette fois-ci la digue n’est pas directement mise en cause dans la délibération du conseil.

Cette deuxième digue a bien résisté aux tempêtes pour être toujours en place aujourd’hui et protéger la palue et la route du bourg au Curnic. Mais elle nécessite régulièrement de l’entretien et des réparations après les hivers rigoureux, notamment celui de 2014.

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La digue-jetée du Curnic

La construction de la digue-jetée et l’aménagement du port du Curnic

Dès le 7 septembre 1933, le conseil municipal de Guissény avait été amené à délibérer sur « la demande formulée par un certain nombre d’habitants du village du Curnic sollicitant l’autorisation de construire à leur compte une simple cale pour leur permettre d’effectuer plus aisément les chargements de goëmon et de tourbe ». Le conseil donne son aval « sans que la commune ait à participer dans les frais de construction ».

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Le 21 décembre 1961, « Monsieur le maire donne lecture à l’assemblée d’une motion votée le 3 septembre 1961 par le conseil d’administration du centre nautique de Guissény et remise par son président le 15 décembre 1961, demandant l’aménagement de l’abri naturel du Curnic en Guissény. Le conseil…, considérant que l’aménagement de l’abri naturel du Curnic en Guissény permettrait une plus grande extension de l’activité nautique dans la commune, demande aux services intéressés des Ponts-et-Chaussées d’entreprendre l’étude et le financement d’un brise-lames entre l’île « Enez Croaz ant » et la pointe de « Corn ar garrech  ».

Mais le 2 septembre 1962, le conseil municipal décide d’ajourner l’avant-projet de construction du brise-lames au port du Curnic, considérant que la commune a déjà engagé des travaux de première urgence (la construction d’une mairie-poste et l’adduction d’eau au chef-lieu). Une lettre du 7 décembre 1964 du président du centre nautique demande la suite réservée à la construction du brise-lames et le conseil renouvelle, le 26 décembre, sa décision d’ajournement jusqu’à l’achèvement des travaux engagés par ailleurs.

La question revient à l’ordre du jour du conseil municipal le 17 février 1969, mais l’avant-projet élaboré par les services des Ponts-et-Chaussées (du 24 août 1962) ne correspond plus aux besoins actuels. Le conseil demande à « l’Equipement de procéder à l’étude d’un nouveau projet d’aménagement de l’abri naturel du port du Curnic en Guissény ». Ce projet est présenté le 14 octobre 1971 au conseil municipal qui « décide de demander son inscription au programme départemental du VIe plan  ».

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Et le 21 décembre 1971, « M. le maire rend compte à l’assemblée que les services de la Direction départementale de l’Equipement viennent de lui adresser le projet de construction d’une digue de protection au Curnic, établi à la suite d’une réunion tenue le 5 octobre 1971. M. le maire précise que le projet vise à construire une digue en enrochements d’une longueur de 375 mètres environ, reliant le littoral à Enez Croazant. M. le maire indique que cette opération d’amélioration du port, évaluée à 580.000 francs, est susceptible de bénéficier d’une subvention de l’Etat au taux de 25 % et du Département du Finistère au taux de 37,50 % . Après avoir entendu l’exposé de monsieur le maire, l’assemblée : 1°) approuve le projet de construction de la digue de protection au Curnic tel qu’il lui est présenté ; 2°) sollicite de la part de l’Etat l’octroi d’une subvention aussi élevée que possible qui, sur la base d’un taux de 25 %, serait de 580.000 F. x 25% = 145.000 F. ; 3°) sollicite de la part du Département du Finistère l’octroi d’une subvention pour la réalisation des travaux, au taux de 37,5%, soit 217.500 F. ; 4°) se déclare maître de l’œuvre pour les travaux à réaliser ; 5°) s’engage à assurer l’entretien ultérieur des ouvrages. D’autre part, considérant l’importance de l’opération, le conseil décide de solliciter le concours de la Direction Départementale de l’Equipement pour assurer l’établissement du projet et la surveillance des travaux  ».

Le 9 juin 1972, les possibilités de subvention ont changé : . Etat = 10 %, soit 58.000 F et département = 45%, soit 261.000 F. Le conseil s’engage à assurer en temps utile le règlement de la quote-part restant à la charge de la commune.

Le 23 mai 1973, « M. le maire dépose sur le bureau de l’Assemblée le dossier relatif aux travaux de construction de la digue du Curnic. Il rappelle les délibérations antérieures qui faisaient état d’une estimation de dépenses de 580.000 francs  ». L’adjudication des travaux s’est déroulée le 26 avril 1973. L’Entreprise Marc de Brest, qui a offert d’exécuter les travaux aux conditions les plus avantageuses pour un montant de 682.374 francs, a été déclaré adjudicataire. Compte tenu de l’augmentation de la dépense, la combinaison financière de l’opération s’établit comme suit :

. Subvention :

  • Etat = 10%, de 580.000 F…………………………..= 58.000 F.
  • Département = 45% de 580.000 F…………….…= 261.000 F.
  • Emprunts :
  • Caisse d’Epargne de Brest (réalisé)………….…..= 151.000 F.
  • Caisse des Dépôts et Consignations……………..= 212.374 F. (transfert provisoire de crédits)
  • Total……………………………………………………….= 682.374 F.

M. le maire propose de traiter avec l’Entreprise Marc de Brest pour la réalisation des travaux dont il s’agit et demande l’autorisation de signer les pièces du marché établi par les services de l’Equipement de Brest – Littoral. Le conseil, à l’unanimité, décide : "a) la mise en exécution immédiate des travaux de construction de la digue de protection du port du Curnic ; b) d’accepter les propositions de l’Entreprise Marc de Brest dont le montant s’élève à la somme de 682.374 F. et d’autoriser M. le maire à signer les pièces du marché à passer avec ladite entreprise ; c) d’imputer la dépense correspondante sur les fonds de subventions et d’emprunts alloués à la commune pour cette opération".

Pour permettre la mise en exécution immédiate des travaux de construction de la digue du Curnic, le conseil municipal décide le transfert provisoire de la somme de 225.000 F. du compte 2305 (voirie) au compte 2309 (construction digue). Cette somme est la part de la commune dans l’emprunt de 1.00.000 F. réalisé par le syndicat d’Equipement de la Côte des Légendes. Le maire est autorisé à contracter un emprunt de 240.000 F. auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations pour le financement des travaux de construction de la digue du Curnic. Des travaux supplémentaires du chantier de construction du Port du Curnic sont nécessaires et notamment le décapage de bancs de pierre. La dépense est évaluée à 31.000 francs hors taxes. Le conseil donne son accord.

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Mais comme pour la première digue de Nodéven au XIXe siècle, les premiers problèmes ne vont pas tarder à venir : dès le premier hiver, la tempête provoque des dégâts sur la digue toute neuve. Le conseil municipal délibère sur la question le 20 février 1974 : « A la suite des dégâts causés par les fortes tempêtes de l’hiver 1973-1974, une subvention de 40.000 francs a été accordée à la commune par le Conseil Général. Effectivement des détériorations sont maintenant apparentes sur une partie du parement Est de la digue et jusque sous la dalle de circulation où des affouillements sont encore à craindre. Le conseil décide de procéder immédiatement à la remise en état de l’ouvrage, suivant les directives des services de l’Equipement de la Subdivision de Brest – Littoral. Le coût des travaux de réparation serait d’un montant de 40.000 francs environ ». Un avenant au marché Marc est également voté : « le maire est autorisé à signer un avenant au marché Marc pour un montant de 3.104 francs, dû aux hausses exceptionnelles de certains produits  ».

L’hiver suivant n’est pas plus favorable et le 27 juin 1975 doit encore décider de travaux de réparation : « Au cours des tempêtes du mois de décembre 1974, la digue du port du Curnic a subi de sérieuses détériorations sur une longueur d’environ 50 mètres. Selon les propositions de l’Entreprise Marc et un accord avec la Direction de l’Equipement de Brest – Littoral, le conseil municipal prend la décision de faire procéder dans les meilleurs délais aux réparations nécessaires. La dépense est évaluée à la somme de 78.000 francs. Une subvention de 40.000 francs accordée par le Département, et non encaissée en 1974, pourra être dégagée à cet effet au budget supplémentaire de l’exercice en cours  ». Un nouveau problème se pose également avec l’ensablement du port du Curnic et le conseil décide qu’ : «  il sera demandé à la même Direction de l’Equipement de rechercher les modalités d’autorisation de dégager convenablement les sables et alluvions encombrant en permanence une partie du mouillage des bateaux. Dans le cas contraire, le port deviendra inutilisable à très brefs délais  ».

Un nouveau marché est passé avec l’entreprise Marc pour les réparations : « Après avoir décidé de faire procéder aux travaux de réparation de la digue du port du Curnic, comprenant : . la fourniture et la pose de béton-cyclopéen pour blocage de la dalle ; . la reprise des enrochements en pied de talus, côté port ; . la fourniture et la mise en œuvre de béton de couronnement sur enrochement, le conseil municipal autorise le maire à traiter de gré à gré avec l’Entreprise Marc de Brest, qui avait déjà obtenu l’adjudication des travaux de construction de la digue. La dépense s’élève à la somme de 77.075,04 francs, toutes taxes comprises  ».

Le 21 juin 1977, le conseil municipal se préoccupe de nouveau de la question de l’ensablement du port du Curnic : « Depuis la construction de la digue de protection du Curnic, le port s’ensable lors de certaines tempêtes. Les extractions périodiques des dépôts alluvionnaires qui l’encombrent, résout partiellement le problème, dont la cause essentielle provient certainement du détournement des courants marins provoqués par cette construction. Afin d’y trouver une solution remédiable, le conseil municipal demande au maire de contacter les services compétents de l’Equipement pour une étude du problème  ».

Mais si la construction de la digue a eu comme première conséquence l’ensablement du port, une deuxième conséquence apparaît également rapidement : c’est le recul de la dune entre le centre nautique et la pointe de Beg-ar-Skeiz. Le 6 décembre 1977, le conseil s’occupe de cette question : « La construction de la digue de protection du port du Curnic a modifié les courants côtiers et, de ce fait, les attaques de la mer près de pointe du Skeiz ont été aggravées, notamment lors des dernières tempêtes. Les dégâts ont été constatés par les services de l’Equipement de la Subdivision de Brest – Littoral Nord. Ces derniers préconisent la nécessité immédiate d’un enrochement de protection. La facture sera importante et, à ce sujet, le conseil municipal pense qu’une partie du financement de l’opération pourrait être assurée par le budget départemental. Par ailleurs, la possibilité de constituer un dossier de demande de subvention de l’Etat n’est pas à exclure  ».

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Le 28 février 1978, le maire peut présenter au conseil un avant-projet des travaux de protection de la dune du Curnic, établi pour les services de l’Equipement de Brest – Littoral Nord. Les travaux consistent à protéger par des enrochements de 3 à 5 tonnes, une bande du littoral sur une longueur de 350 mètres. La dépense est évaluée à la somme de 600.000 francs. «  Le conseil municipal : a) estimant qu’il devient extrêmement urgent de protéger la dune en ce secteur, donne un avis favorable à l’avant projet en question ; b) considérant que le coût des travaux constitue une exceptionnelle et lourde charge pour la commune, et que le financement de l’opération ne peut être assuré par les ressources ordinaires du budget, Décide . de solliciter l’aide financière du Département au titre de la construction d’ouvrages de protection contre la mer ; . de solliciter l’aide financière de l’Etat au titre de la protection du littoral et des dunes ; S’engage à voter, en temps utile, les ressources nécessaires au financement de la part des dépenses restant à la charge de la commune, par voie d’emprunt  ».

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Le 1er mars 1979, le conseil municipal peut décider de l’adjudication des travaux. « Les travaux de protection de la dune dans le secteur de Beg-ar-Skeiz ont déjà fait l’objet d’une décision de principe du conseil municipal. Les services de l’Equipement de Brest – Littoral Nord ont actuellement étudié le dossier en vue d’un enrochement. Le devis initial comportait une dépense total évaluée à 600.000 francs. Une substantielle subvention a été obtenue du Département et le docteur Guéguen a confirmé, par lettre, la somme de 360.000 francs. Cependant, la part communale, résultant de l’adjudication, sera couverte par emprunts. Il est demandé au maire de préparer, dès à présent, le dossier de mise en adjudication des travaux et de rechercher le complément de financement auprès des différentes caisses de crédit. Compte tenu des imprévus, il est prudent de prévoir un emprunt de 350.000 francs. Le conseil désigne les délégués du conseil pour représenter la commune à l’adjudication des travaux  ».

Une autre conséquence de la construction de la digue-jetée a été l’envahissement du port du Curnic et de la plage par les algues vertes.

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Lors des tempêtes de l’hiver 2014, la digue-jetée souffre encore beaucoup :

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La première digue

La première digue de Nodeven : construction et destruction

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1. LA CONSTRUCTION DE LA PREMIERE DIGUE. En 1830, un « sieur Troude », officier de Marine, de Brest, demande à obtenir la concession d’un « lais de mer » à Guissény, en vue de la construction d’une digue. Il abandonne ensuite sa requête au profit d’une dame Veuve Merven, de Ploudaniel. Un ingénieur des Ponts et Chaussées établit le plan de la digue et l’administration accorde la concession le 15 septembre 1831.Il s’agit de l’ancienne digue, construite entre la pointe de Beg ar Skeiz et la pointe du Dibennou. La concession est accordée à des conditions très contraignantes fixées par les Domaines, par une ordonnance royale du 15 septembre 1831. "Il sera établi dans le corps de la Digue un second aqueduc à clapet qui pourra fonctionner lorsqu’il y aura lieu de réparer le premier… Dans chaque aqueduc il sera placé une vanne de sûreté, en cas d’avarie du clapet… Considérant qu’en accordant la concession demandée, on donnera à l’agriculture une étendue de terrain qui est maintenant baignée par la mer deux fois par jour ; qu’on assainira le pays et les propriétés de la concession…" Le lais de mer d’un étendue de 180 hectares est concédé à Mme Veuve MERVEN, née GAULTIER, demeurant à PLOUDANIEL. Le concessionnaire est tenu de construire dans un délai de dix ans et de verser dans les caisses du Domaine, dans les 3 mois, les 412, 60 Francs, montant de l’estimation faite par les experts, le 19 décembre 1830. Il est aussi tenu de fournir gratuitement le sol des chemins ou sentiers qui seront reconnus indispensables pour aborder la grève, le préfet constatant leur utilité et déterminant leur direction et leur largeur. Cette ordonnance a été retranscrite dans le registre des délibérations de la commune, "pour copie conforme", le 21 octobre 1831. La digue est achevée en 1832, largement avant le délai de dix ans prévu, mais sa construction n’a pas été sans conséquences pour les usages des habitants de la commune, concernant notamment la récolte du goémon et l’utilisation de la sécherie. Chaque année, au début du mois de janvier, le conseil municipal de Guissény publie un règlement très précis et contraignant pour l’organisation de cette récolte. Le 20 janvier 1833, il doit s’occuper des problèmes issus "des empiétements qu’on fait journellement sur un terrain acquis pour servir de sécherie de gouémon à l’utilité des habitants de la commune, d’après un contrat en date du 4 octobre 1788 par le conseil d’Etat".

Le conseil demande au Préfet du département une "copie du plan du 18 mai 1830 dressé par Monsieur Troude, officier de Marine à Brest, à l’effet d’obtenir la concession gratuite d’un lais de mer situé à Guissény« ainsi qu’une copie du procès-verbal de limitation de cette étendue, »à seule fin d’éviter toutes contestations qui pourraient s’élever entre les concessionnaires de ce lais de mer et les habitants de la commune, dans ce temps présent et futur ; outre pour servir d’éclaircissement aux autorités de la commune pour la propriété, dont les conseillers municipaux prennent intérêt, vraiment très indispensable aux habitants, qu’on est sur le point d’usurper par les concessionnaires qu’on a déjà parlé". Le 24 février 1833, le conseil municipal autorise le maire "de mettre opposition sous le plus bref délai possible, sur des envahissements qui se fait journellement sur la sécherie de gouémon appartenant à la commune, par les ouvriers de M. Derrien, concessionnaire d’un lais de mer, donnant près du même endroit ; lesquels depuis plusieurs mois n’ont cessé de prendre des matériaux du lieu du Squéis pour mettre à la digue qu’ils ont construit, abus que nous voulons faire cesser le plus tôt possible et requérir dédommagement, des dommages qu’il aurait occasionné sur cette étendue ; en tout cas qu’ils veuillent continuer même envahissement et usurpation de matériaux de ce terrain, de les citer par devant justice correctionnelle au besoin, dont la commune répondra des dépenses et frais de citation qu’il aurait été obligé de faire pour la défense de cette propriété". Les choses semblent s’arranger par la suite et un règlement à l’amiable est recherché par une commission composée de 6 commissaires, nommés par la municipalité, et de M. Derrien. Les commissaires sont Goulven Breton, maire, de Brendaouez, Yves Tigréat, second adjoint, Goulven Borgne, conseiller, de Trérohant, Jean Lossec, conseiller, de Kermarro, Sezny Roudaut, de Poultoussec, et Jean-Marie Géléoc, de Kerandraon. Guillaume Louis Marie Derrien est "fermier de la totalité de la palue dite tréas-an-naouès, et propriétaire d’un indivis dans la dite palue qui vient d’être conquise sur la mer au moyen de la digue qu’il a construite dans le courant de l’année 1832, le tout en exécution de l’ordonnance royale du 15 septembre 1831 ; le dit Derrien agissant tant en son nom que comme fondé des pouvoirs de Dame Veuve Etiennette Duparc Gautier, Veuve Mervin et autres intéressés dans la sus-dite palue". La commission désire régler à l’amiable et déterminer d’une manière avantageuse pour toutes les parties intéressées, "la direction et la largeur des chemins qui sont nécessaires pour la fréquentation de la grève, et dont les concessionnaires de la palue de tréas-an-naouès doivent le sol au titre de l’article sept de l’ordonnance précitée". Le 1er mars 1833, le résultat des travaux de la commission est publié dans le registre des délibérations du conseil municipal. "Nous sommes rendus vers les neuf heures du matin près de la maison du nommé Gabriel Le Borgne où abouti un chemin venant du bourg de Guissény, nous avons reconnu d’un commun accord que le chemin déjà tracé par M. Derrien et qui prend en droite ligne de l’extrémité de ce chemin dit du Cléguer jusqu’à la sortie de la palue, où commençait l’ancien chemin de Plouguerneau, est d’une direction convenable et a une largeur suffisante, ayant six mètres entre les deux fossés. A l’avenir ce chemin sera suivi dans toute sa longueur pour la communication de Guissény vers Plouguerneau. Remontant vers le nord et prolongeant divers clos dits messiou trérohan, ayant diverses issues sur la palue, nous avons reconnu que pour leur fréquentation, il est nécessaire d’y laisser un chemin qui, devant les entrées des pièces, devra avoir six mètres cinquante centimètres pour faciliter le tour des charrettes, et le long des fossés se réduira à cinq mètres comptés à partir du pied des fossés existants. Ce chemin se prolongera jusqu’au chemin dit an-nodeven venant de trérohan. Ce dernier chemin ira en droite ligne rejoindre l’allée tracée au bout du jardin de la ferme commencée au Kurnic. En quittant le chemin an-nodeven, la terre formait une presqu’ille de rochers dits Bec-ar-Perrin. Le chemin de servitude ne prendra point ce contour, mais rentrant dans les terres, et laissant à droite la maison habitée par le Garde Champêtre Seny Bramoullé, il rejoindra la grève à l’endroit dit pors-olivier . Aucun clos n’a d’issue sur cet endroit ; mais il y aboutie un chemin venant de Guissény et passant par trérohan qui traverse en ligne droite la plaine pour descendre à la dune du Squéis, dans la coupure dite Cariguel-ar-squéis conduisant à Poul-carrec-paol. Ce chemin est le dernier jusqu’à la digue, construite depuis le rocher An-dibennou, jusqu’à la pointe Ar Squéis. Parcourant les dunes qui bordent la concession en descendant vers le O.S.O., nous avons reconnu qu’il serait fort utile d’empêcher d’arracher ou de couper les joncs qui poussent dans les dunes et contribuent à les fixer. Le tort que font aux terres les sables volants rend cette mesure nécessaire et monsieur le maire est convenu qu’il rendrait un arrêté pour empécher ce dégat. Suivant la dune dite Ar-Voust, nous sommes arrivés au lieu qui sert de sécherie à la commune de Guissény, et avons reconnu que les labours de monsieur Derrien s’étaient étendus au-delà de l’espace qui était couvert par la mer, et qu’il avait empiété sur le terrein concédé à la commune par ordonnance royale du 4 octobre 1788, dont le titre lui a été présenté. Il a répondu à ce reproche qu’il était loin d’avoir atteint les limites qui sont tracées à la concession parle plan annexé à l’ordonnance royale précitée du 15 septembre 1831 ainsi que par le procès verbal de délimitation qui y est joint, cependant pour éviter à la commune un dommage important qui résulterait pour elle de la perte de ce terrein qui lui est indispensable pour sécherie et n’est pas d’ailleurs d’une grande valeur comme terre arable, il est convenu, sous la réserve expresse de l’approbation de ses associés qu’il ne peut engager n’ayant pas pouvoir à cet effet, de ne pas pousser plus avant ses labours, et après la récolte des semences qu’il a mises en terre, de se retirer jusqu’à la limite du terrein appartenant à la commune. Les divers chemins pris au hasard aux environs de la sécherie et dits Carriguel-ar-Vein-Ven seront réunis en un seul qui ira joindre en passant par l’allée plantée autour du Kurnic, les chemins déjà désignés qui seront suivis pour la fréquentation de cette partie de la grève. A partir de ce chemin, le premier en suivant est celui qui sert à la fréquentation des villages de Traonriou et Kermaro à la grève dite Aot-bras ou Aot-Dreus. Ce chemin sera suivi en ligne droite depuis le Carriguel-ar-pont-coat jusqu’au grand chemin de Plouguerneau qui sera suivi jusqu’à son embranchement avec le chemin direct qui descend de Traonriou. A partir de Carriguel-ar-pont-coat, aucun chemin ne sert à la fréquentation de la grève jusqu’à celui qui vient de Kermaro à Traonriou pour aller à la grève dit An-aot-vras. Les divers sentiers tracés par les charrettes seront réunis en un seul et par la ligne la plus courte. De même que nous maire, adjoint et conseillers municipaux avons réclamé le terrein appartenant à la commune comme il est dit ci-dessus, nous croyons qu’il est de notre conscience de certifier aux concessionnaires que, dans cette portion de la concession, diverses pièces de terre qui étaient régulièrement couvertes par les marées et que nous considérons comme faisant partie de la concession, ont été empiétées par plusieurs particuliers ; entre autres Christophe Bramoullé de Traon Menez Kermaro qui y a clos ou en manœuvre trois pièces ; Jean Bernard de Trérohan qui en manœuvre une pièce ; Daj Galliou de Kermaro qui en manœuvre une autre ; Jean Sénant de Kermaro et divers autres. Sezny Roudaut a déclaré qu’il était fermier d’une prairie qui est serré des terres de la concession et n’a ainsi que plusieurs autres pièces contingues, aucune autre issue que par ces terres. Il demande à pouvoir y passer après la récolte pour enlever les produits des champs qu’il manœuvre. Le chemin de Traonriou qui joint le grand chemin de Plouguerneau sera conservé tel qu’il existe, seulement il sera régularisé et redressé autant qu’il sera possible. La fréquentation des pièces donnant sur la palue comprise entre Traonriou et Streat-ar-goléjou aura lieu par l’espace laissé entre les fossés de ces champs et le fossé de ceinture qui borde la palue. A partir de Streat-ar-goléjou, le chemin ira en droite ligne jusqu’au Squéis, en coupant le chemin de Plouguerneau et celui qui lui est parallelle. Un espace de six mètres sera laissé pour la fréquentation des pièces comprises et ayant leurs issues entre Streat-ar-goléjou et le chemin de Poultoussec. Le chemin de Poultoussec ira en ligne droite au grand chemin de Plouguerneau, il sera laissé un chemin de six mètres pour la fréquentation des pièces donnant sur la palue entre le chemin de Poultoussec et celui du Poulgroas. Le chemin de Poulgroas ira rejoindre celui de Plouguerneau et, le coupant, ira jusqu’à celui de An-nodeven. Le long du chenal du moulin d’alanan, du chemin de Plougroas à celui du Poulouprie, il sera laissé un chemin de six mètres pour la fréquentation des champs qui y ont leur issue. La communication entre le chemin de Streat-Vudec et celui de Streat-ar-feunteun aura lieu en ligne droite. Aucun autre chemin n’est nécessaire et tous ceux convenus devront avoir une largeur de six mètres. De tout ce que dessus nous avons rapporté le présent procès verbal pour être présenté à l’Ingénieur qui sera chargé par monsieur le Préfet de fixer la direction et la largeur des chemins". Un additif est rajouté à ce procès verbal le 22 septembre 1833, Goulven Le Borgne et son neveu Jacques Roudaut obtiennent de M. Marzin, agissant pour M. Toullec, que celui-ci "s’oblige de leur faire un chemin praticable pour la fréquentation de leurs champs par la digue pour aller rejoindre le chemin du Squéis et à lui de boucher et garder en propriété depuis l’embouchure du chemin de Poultoussec jusqu’à leur champ sauf auxdits Borgne et consorts d’entretenir ce chemin qui leur est livré à leurs frais sans recours vers M. Toullec d’aucune façon quelconque".

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Mais dès l’année 1833, la digue, « n’ayant pu soutenir l’effort de la mer », est « emportée par les flots » (le registre des délibérations du conseil municipal ne mentionne pas cet événement).

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2. La construction de la digue décrite par Emile SOUVESTRE (« Les derniers Bretons ») La digue au moyen de laquelle le lais du Kurnic avait été arraché à la mer, présentait d’immenses difficultés à construire. On ne pouvait travailler qu’entre les marées, et le sable et le roc étaient les seuls matériaux que l’on eût à distance convenable. Chaque jour, cent cinquante hommes s’agitaient pour hâter l’œuvre, et le soir, quand chacun d’eux se reposait, fatigué d’avoir apporté son grain de sable à la dune factice, la mer venait en grondant : elle s’arrêtait un instant devant la barrière qu’on lui avait élevée, semblait la regarder, puis, comme un propriétaire de mauvaise humeur qui écrase sous son talon une fourmilière dont l’aspect dépare son domaine, elle passait son pied houleux sur la digue commencée, et tout disparaissait. Alors, les cent cinquante travailleurs recommençaient avec cette patience inflexible qui élève l’homme presque au niveau d’un Dieu. On feignait de céder aux flots ; on leur laissait un libre passage au milieu, tandis que, des deux côtés, le môle grandissait insensiblement et étendait deux bras toujours plus près de se joindre. Enfin un jour, profitant de quelques basses marées, on pressa les travaux, elle se heurta, étonnée, à un long mur de pierre qui se dressait audacieusement devant elle.

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Mais cette lutte de l’industrie contre l’Océan avait duré huit mois. Son histoire était un drame plein de poésie, d’incidents et de péripéties inattendues. J’interrogeai l’entrepreneur pour en connaître tous les détails.

  • Figurez-vous, me dit-il, ce que durent être nos premiers travaux dans un lieu où il n’existait pas un toit pour se défendre de l’ouragan, pas un arbre pour éviter le soleil, pas une fontaine pour étancher sa soif. Il fallut souffrir, avec les ouvriers, le froid et le chaud, le vent et le givre. Il fallut être plus gai et plus fort que les plus gais et les plus forts, afin de donner à tous du courage. Les Bretons sont vigoureux, mais lents et contemplatifs. Quand aucune passion ne les pousse, ils attendent l’ordre. Aucun élan ne vient d’eux ; ils ne s’intéressent pas au travail qu’ils font pour leur maître ; ils n’y emploient pas leur intelligence. Ce n’est qu’en appuyant la main sur leur esprit qu’on peut le faire marcher ; il faut les monter ainsi qu’une horloge. Aussi étais-je obligé d’appliquer ma volonté aux trois cent bras que j’employais. Il fallait aiguiser sa colère contre l’inertie de ces hommes de pierre, les pousser du geste, de la parole, les placer sous le joug de sa pensée, dominer avec sa voix les mugissements des vagues, le bruit du travail et les roulements des chariots. Il fallait être toujours là, soutenant le duel contre les flots avec une armée indocile ; toujours là, le mètre à la main, prenant la mesure de la mer pour que le corset de pierres que nous lui faisons allât bien à sa taille. Heureux encore quand, à l’heure du repas, l’imprévoyance d’un commissionnaire ou son retard ne me condamnait pas à la faim ; car aucune ressource n’existait autour de moi.

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Cependant cette vie sauvage me rendit ingénieux. Je découvris une fente de rocher d’où je pouvais surveiller les travailleurs, sans être exposé à toutes les fureurs du vent ; l’eau nous manquait, je fis sonder le terrain, et un ouvrier trouva sous sa pioche une source limpide qui coulait sur un lit de sable blanc. Ce jour fut un beau jour pour moi ; désormais j’avais une oasis dans mon désert. Peu après je fis construire une maisonnette pour enfermer les outils, et ce fut un abri sûr et commode. Mais les obstacles renaissaient sans cesse : je n’éludais une difficulté que pour en voir d’autres apparaître. Enfin, après plusieurs mois de fatigues, le môle, deux fois détruit et deux fois réparé, allait être terminé : encore une journée de travail, et le problème était résolu ! J’éprouvais une impatience facile à comprendre, car la marée d’équinoxe arrivait le surlendemain. Le soir, comme les ouvriers se retiraient, un charretier m’avertit qu’il ne pourrait venir le lendemain avec son attelage, parce que c’était la fête de saint Eloi, et qu’il devait conduire ses chevaux pour entendre la messe à Landerneau ; un autre vint bientôt m’apporter la même nouvelle ; puis un troisième, puis un quatrième, puis tous. Effrayé, je leur expose les dangers d’un retard ; je les supplie, je m’emporte ; je leur propose de doubler, de tripler le prix de leur travail ; tout est inutile. Ils m’écoutent attentivement, suivent mes raisonnements, les approuvent, et terminent toujours par me répéter qu’ils ne peuvent venir, parce que leurs chevaux mourraient dans l’année s’ils n’entendaient pas la messe de saint Eloi. Il fallut me résigner. Le lendemain la marée arriva, surmonta les travaux inachevés, couvrit la baie dans toute son étendue, et emporta la digue en se retirant. C’était trente mille francs que me coûtait une messe. Il fallut recommencer sur nouveaux frais. Cette fois, je pris mes précautions ; je subordonnai mes calculs aux fêtes et aux dimanches ; le temps me favorisa, et le môle fut achevé tel que vous le voyez.

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Nous étions, en effet, dans ce moment, sur la jetée, en face de la mer qui roulait paisiblement ses ondes soyeuses qu’une écume scintillante perlait à peine sur les bords. Si je n’avais connu l’Océan, j’aurais eu peine à comprendre, vis-à-vis de ce lac tranquille, les difficultés dont l’entrepreneur venait de me faire le récit et la nécessité d’aussi immenses travaux ; mais j’avais appris, par expérience, ce qu’il fallait croire de ces apparences pacifiques. Je savais que notre mer est comme ce cheval du diable, célèbre dans les contes bretons, qui s’approche d’abord tout petit, tout joueur, tout caressant, qui se roule près des enfants, lèche leurs mains, leur présente son dos, puis qui, tout-à-coup, grandit, franchit les fleuves, les forêts, les vallées, et disparaît avec son cavalier que l’on ne revoit plus.

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3. L’ouragan et la destruction de la digue (E. SOUVESTRE) La moisson était achevée. Un silence monotone régnait de nouveau dans le lais de mer dépouillé, et les vents d’octobre commençaient à faire tourbillonner les sables de la plaine. L’automne arrivait ; non pas celui des vallées avec ses feuilles tombantes, ses pâles rayées de soleil et ses dernières fleurs frileusement cachées dans les buissons ; mais l’automne dépouillé de tout son cortège poétique, sombre et baigné de brumes froides ; l’automne au ciel ardoisé, tout retentissant de murmures menaçants, et portant les naufrages dans ses pluvieuses nuées. Des pluies continuelles vous retiennent prisonniers, sans que le froid rende le foyer agréable : tout est sans caractère et comme flottant entre deux saisons. Les habitudes mêmes se ressentent de cette incertitude ; le temps des longues promenades est passé, celui des veillées n’est pas encore venu.l’orage qui avait grondé tout le jour s’était accru, et les toits du Kurnic craquaient sous la tempête ; mais, isolés dans nos rêves, nous n’entendions rien. Mais un sifflement profond et déchirant se fit entendre au dehors ; les fenêtres du salon furent enfoncés par l’ouragan, une colonne de vent, mêlée de sable, entra dans l’appartement comme une trombe ; toutes les lumières s’éteignirent, et le feu, balayé de l’âtre, s’éparpilla de tous côtés. Tout le monde s’était levé en poussant un cri : je courus à la fenêtre pour la refermer ; mais là un spectacle inattendu me tint immobile et sans voix.

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La digue que l’on apercevait à une certaine distance, vis-à-vis même de la fenêtre, paraissait couronnée d’une ligne d’écume blanche. Aux deux extrémités, de hautes vagues s’élevaient incessamment, et, surmontant le parapet, se répandaient sur le môle en immenses cascades. A voir, au milieu de la nuit, ces grands flots blancs monter avec une agilité humaine le long du revêtement, et escalader le mur d’appui, on eût dit une armée de fantômes s’élançant à l’assaut d’un rempart abandonné. A chaque instant, les vagues qui se précipitaient devenaient plus pressées ; on entendait la digue pousser, sous leurs efforts, un mugissement caverneux, tandis que le bruit du ressac se faisait entendre à sa base, semblable à des décharges régulières de mousqueterie. Par intervalles, pourtant, l’orage se taisait, et la mer suspendait sa furie. Alors, il se faisait un silence solennel au milieu duquel on n’entendait que le bruissement sombre du flot sur les plages éloignées. Puis, tout-à-coup, comme à un signal donné, le vent poussait un hurlement plus horrible ; toute les anfractuosités du rivage, tous les récifs, tous les promontoires jetaient à la fois un cri plus haut, et la mer, entassant l’une sur l’autre ses vagues, croulait comme une montagne sur la digue mugissante. J’avais eu à peine le temps d’appeler à moi l’entrepreneur, qui, debout à mes côtés, contemplait ce spectacle avec une terreur muette, lorsque nous vîmes tout-à-coup la digue fondre et disparaître par ses extrémités. Un cri nous échappa à tous deux en même temps ; mais il n’était pas achevé que la vague arrivait au mur de la maison, et que son écume nous jaillissait au visage. Le défrichement était complètement submergé !

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Vouloir peindre notre consternation serait inutile. Nous passâmes la nuit dans des angoisses déchirantes. Quand le jour vint, la marée s’était retirée et la plaine était à sec : mais les flots y avaient marqué leur passage. Fossés, douves, chemins, sillons, tout avait disparu. Le lais de mer ne présentait plus qu’une surface unie sur laquelle les vagues avaient laissé les traces de leurs ondulations. A voir cette grève, si semblable à toutes les grèves, il était impossible de croire que les flots eussent jamais cessé de la baigner et que la main des hommes y eût touché. La grange aussi avait été minée par les eaux et s’était écroulée. Son toit, emporté par le vent, gisait à deux cents pas de là sur le sable comme la carcasse d’un navire naufragé. Les ménageries avaient mieux résisté, et l’on entendait sortir de leurs murs, troués mais debout, les mugissements lugubres des bestiaux. De distance en distance on apercevait des tonneaux brisés, de poutrelles à demi enfouies dans le sable, des monceaux de paille entremêlée d’algues marines. Après avoir contemplé un instant ce désastre, nous nous dirigeâmes rapidement à travers les débris, vers la digue dont on apercevait au loin les ruines amoncelées. Au premier coup d’œil, il était facile de reconnaître que tout espoir de réparer les ravages commis par la mer était perdu, et qu’une reconstruction même était devenue impossible. Les rocs servant à l’édification du môle avaient été entassés dans certains endroits, et formaient des récifs factices qui brisaient l’ancien alignement de la digue ; ailleurs la mer avait creusé dans le sable des crevasses profondes dans lesquelles bouillonnaient l’onde salée. Nous nous arrêtâmes, frappés de stupeur devant ce bouleversement effrayant de l’Océan, qui s’étendait vis-à-vis, montrant à peine alors un reste de turbulence ; on eût dit un combattant qu’avait fatigué une lutte prolongée et dont la colère rentrait au repos. Quelques longues vagues s’élevaient seules, çà et là, comme des veines gonflées d’un reste d’émotion. Nous voulûmes monter sur le promontoire pour mieux embrasser de l’œil tous les détails de cette catastrophe. Nous restâmes encore quelque temps sur le cap, contemplant la scène de désolation que nous avions sous les yeux, sans pouvoir nous rassasier de ce cruel spectacle. Enfin, pourtant, nous reprîmes tristement et en silence le chemin du Kurnic. Avant d’y arriver, l’entrepreneur et moi, par un mouvement involontaire et simultané, nous nous détournâmes une dernière fois vers la mer : un homme était debout sur l’amas de ruines qui indiquait encore l’emplacement de la digue.

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