• Message aux adhérents (le Président)
  • Relation avec la Route des Pingouins
  • Rencontre avec Philomène (Yves Elusse)
  • Métiers à Guissény dans les années 1830 (Yves Elusse)
  • Un nouveau livre à la bibliothèque : l’Enfant et le Cheval
  • Le nettoyage du four à goémon (Jacque Buttet)

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- Message aux adhérents (Le Président)

SPERED BRO GWISENI Aujourd’hui et demain

Aujourd’hui, Yves et moi sommes allés au local de Spered. Nous y avons retrouvé l’atmosphère qui nous plaisait tant, dans le décor témoin du travail de nos anciens et aussi du nôtre : les centaines de livres, les panneaux thématiques avec quantité de photos, les vieux outils et humbles mobiliers… On prend conscience de l’importance de ce qui a été accompli et de la nécessité de le poursuivre selon les intérêts du moment, le goût et les possibilités des acteurs. Au calme dans le local, un inventaire de ce qui s’y trouve s’impose. L’arrêt par le covid de toute l’activité engageant un rapport social ouvert est une catastrophe et c’est la survie de l’association qui est en jeu.

Les chroniques de Guissény ont pu être rédigées et publiées. On a pu toutefois constater que leur diffusion a été perturbée. Deux raisons : notre système de distribution par zone géographique a pu manquer de rigueur mais surtout, les adhérents de l’été passaient au local lorsqu’il était ouvert sur la rue. Cette dernière disposition : sans accès direct extérieur n’est pas très heureuse sur le plan relationnel. Lorsque les relations sociales auront trouvé leurs règles cela ne sera pas un obstacle, il faut renouer avec cette relation simple à l’occasion des permanences du samedi.

Cette année si particulière n’est toutefois pas complètement sans résultats et l’on doit en exemple citer la participation de Guissény avec essentiellement des adhérents de Spered à l’érection d’une statue de Saint Sezny à la Vallée des Saints.

Nous avons pu constater également un défaut de rigueur dans la communication : listes de diffusion incomplètes, oublis, je dois reconnaître être l’auteur d’une large pagaille dans ce domaine ! Mon ordinateur semble d’ailleurs ne pas vouloir m’aider !

En résumé, les tâches auxquelles il est urgent de s’atteler sont :

  • Remise en clair de nos communications : bureau, CA, adhérents, environnement…
  • Mode de distribution des chroniques notamment par voie numérique.
  • Mise à jour ou réalisation d’un inventaire et d’un dispositif fiable d’emprunt de nos ouvrages
  • Reprise en main des moyens de bureautique en notre possession
  • Inventaire des panneaux dont nous disposons (une trentaine dont 4 exposés au restaurant) et des objets pouvant accompagner une exposition.
  • Inventaire des possibilités d’animation : expositions, conférences…

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- Le nettoyage du four à goémon.

Enez kroas hent, les 23 et 24 juin

etat du four avant nettoyage
fond du four nettoyé
nettoyage du bord du four
four nettoyé
Etat du four après nettoyage. Côté Est à finir

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- Relation avec le restaurant du Puits et les futurs gites

Nous avons été contactés par les animateurs du restaurant du puits et de la future maison d’hôtes (ex-maison du puits). La proposition est d’afficher dans la salle du restaurant des documents ou vues montrant le Guissény ancien.

Nous avons aussi évoqué diverses hypothèses dans le cadre d’accueil de groupes ou de soirées thématiques.

Dans l’immédiat nous avons proposé d’afficher dans la salle du restaurant certains de nos panneaux. Un premier choix a permis de sélectionner quatre panneaux sachant qu’il y a au moins trois places disponibles pour leur affichage. Nous avons retenu d’anciennes vues de Guissény, les manoirs, les goémoniers et des vues de la baie qui seront en place pour l’ouverture du restaurant, sans doute le 19 mai.

Restaurant

Nous avons également prévu de rééditer les petits guides des circuits patrimoniaux réalisés par Yves Elusse.

En fonction du succès de cette entreprise il y aura certainement des occasions de montrer notre commune et d’inciter les randonneurs à la visiter.

Bientôt il sera possible d’accéder à notre local, nous pourrons alors faire l’inventaire de ce que nous possédons et le structurer par thème.

L’effort à faire dans l’immédiat est de rechercher les photos et documents anciens, on en découvre régulièrement de nouveaux qui avaient échappé à nos nombreux appels, notamment des cartes postales. Leur comparaison avec notre cadre actuel est souvent passionnante de même que les commentaires rédigés par leurs expéditeurs.

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Rencontre avec

Philomène Le Mestre-Le Gall

Dans Ouest-France des 9 et 10 janvier dernier, à la page Landerneau - Lesneven, un titre a attiré mon attention :


Philomène dédie un recueil à la vie de son père

Guissény – Écrivaine amatrice, Philomène Le Mestre-Le Gall revient dans un recueil de 70 pages de textes et photos, réservé à sa famille, sur la vie de son père, Jean, au village de Keraignan.


J’ai contacté Philomène et lui ai proposé, avec sa participation, la rédaction pour Chronique de Guissény, d’un article sur le thème des évolutions que son père, né en 1915, a connues, dans le monde agricole en particulier. Nous nous sommes rencontrés et voici, aussi fidèlement que possible, le résultat de nos entretiens, sous la forme questions – réponses.

InterwiewPhilo

Yves Qu’est-ce qui vous a motivée pour écrire ce recueil dédié à votre père ?

Philomène J’ai eu envie de raconter, de partager avec mes frères et sœurs, faire connaître aux plus jeunes de la famille, comment, à une époque pas si lointaine, on vivait sans électricité, sans eau courante, dans une maison au sol en terre battue, rappeler aussi les changements au niveau de la langue maternelle, quand mon père ne parlait que le breton.

Y. Votre père, à qui vous avez dédié ce recueil, je vous propose de commencer notre entretien en parlant de lui.

Ph. Mon père, Jean-François Le Mestre est né le 17 août 1915, à Croaz Prenn, en Plouguerneau. Il y a d’abord passé une partie de son enfance, puis ses parents ont déménagé, successivement au Naount, le Drennec et enfin à Keraignan, sur la commune de Guissény où la famille s’est installée, dans une ferme en location. Ces déménagements, sur une courte distance, se faisaient avec une charrette tirée par la jument, suivie par les quatre vaches et la truie, avec aussi quelques poules et lapins.

Y. Comment était la vie à Keraignan ?

Ph. À la campagne, on n’avait pas de chaussettes. Dans leurs sabots de bois, les hommes mettaient de la paille, ils garnissaient le cou-de-pied d’une poignée de foin entortillée et glissée dans le sabot en même temps que le pied, ça le protégeait et le bloquait. En été, le pantalon était en coton rayé, l’hiver, en velours, plus chaud. Les vêtements, on les appelait les effets. Entre voisins, il y avait beaucoup d’entraide, pour les gros travaux des champs ou de petits services domestiques. Beaucoup de bonne entente.

Y . Le travail, le quotidien de vos parents à la ferme, quels souvenirs en avez vous ?

Ph. Comme dans toutes les fermes mes parents, outre le travail des champs, avaient des vaches dont le nombre a augmenté au fil des années, quelques cochons, nés à la ferme, des poules pour les œufs et les poussins, des lapins. Et tous les deux ans, une pouliche que mon père dressait pour l’attelage à la charrue, la herse, le rouleau, la charrette, pour la revendre. Il y avait aussi un jardin et un verger qui fournissaient quelques légumes ainsi que les pommes, les poires, les pêches, les groseilles et les cassis. Les légumes comme les carottes, les choux, les salades, étaient semés dans les champs avec les betteraves. Les rutabagas étaient semés dans les terrains les plus humides. Mon père chassait aussi les taupes dont il récupérait les fourrures qu’il faisait sécher et les vendait à une personne qui passait régulièrement les prendre. Les soirées d’hiver, il confectionnait des paniers en osier pendant que ma mère faisait du tricot ou de la couture. Dans le verger, sous les pommiers, on avait aussi des ruches en paille tressée, pour le miel. Les petites fermes, comme celle de mes parents, ne rapportaient pas beaucoup. À la période des foins, pendant plusieurs années, mon père et quelques copains, allaient en journée, faucher de ferme en ferme. Ils dormaient dans les granges, sur la paille, et rentraient en fin de semaine. L’hiver, à Dirinon, il y avait aussi la coupe du bois. Mon père faisait également la coupe du goémon, travail au cours duquel, une fois, il a failli se noyer avec sa jument attelée à la charrette. C’est monsieur Cavarec, de Kerlouan qui l’a sauvé.

Y. Sur la photo, dans Ouest-France, on vous voit devant votre maison natale, comment était elle ?

Ph. C’était une maison avec étage et grenier. Le rez-de-chaussée, pièce principale, comportait une grande cheminée avec deux bancs, un de chaque côté de l’âtre. On y cuisait les aliments et on y réchauffait le café dont le pot était préparé pour la semaine. Les murs, à l’intérieur, étaient blanchis à la chaux. On s’éclairait avec des lampes à pétrole et des bougies. Pour l’extérieur, on avait la lampe tempête. Le mobilier : un vaisselier, la table (table pétrin) au milieu de la pièce, deux bancs-coffres et deux lits clos au-dessus desquels étaient alignés les cadres avec photos de famille, les diplômes, les médailles, les photos des morts à la guerre. Sous le lit clos, étaient rangés le fagot de bois entamé et les pommes de terre. Attenante au rez-de-chaussée, une pièce assez sombre (traoñ an ti*), la lumière venant seulement d’une petite fenêtre. Ce local, plus frais, servait de laiterie, on y écrémait le lait et on y barattait la crème pour faire le beurre. On y trouvait aussi le charnier, grand pot en grès, où l’on conservait la viande de porc dans le sel. Une armoire servait de garde-manger, elle était grillagée pour protéger les aliments des mouches et de la convoitise du chat, lequel à part un peu de lait à la fin de la traite, devait se débrouiller pour trouver seul sa pitance. À cette époque, pas de croquettes ou de pâté en boîte pour les chats et les chiens. À l’étage, deux chambres à deux lits et armoires, séparées par une simple cloison. Des chaises, une table dans une chambre, la machine à coudre dans l’autre. Pas de chauffage, l’hiver les vitres se couvraient de givre. Avant le coucher, les lits étaient tiédis avec des briques chauffées dans l’âtre. On dormait avec les sous-vêtements qu’on changeait deux fois dans la semaine.

* an ti : la maison. traoñ : bas, partie inférieure Au-dessus des chambres, le grenier avec le blé, l’orge, l’avoine, des pommes, celles du pommier tardif dont les fruits se conservaient une partie de l’hiver. Les malles, valises, lit de bébé, étaient rangés dans un coin. C’est là qu’était la bascule pour peser le grain qu’on envoyait au moulin. Le plancher était lavé une fois par an, à l’eau et au savon, avec une brosse en chiendent, un peu d’eau de javel pour blanchir le bois et désinfecter. Il en fallait des seaux d’eau, tirés du puits et montés au grenier !

Y. Et l’extérieur de la maison, dans la cour ?

Ph. Dans la cour, se trouvaient la crèche aux vaches, l’écurie, la soue, la « grange tôle » et le « ti-forn » (la maison du four). On y cuisait le pain, pour nous et quelques voisins. Pour le mardi gras, on y cuisait le « pastès ». Dans la grange, la « marmite potager » dans laquelle on cuisait les pommes de terre pour les animaux. On y trouvait aussi le hache-lande, actionné manuellement tous les soirs, pour couper la lande que mangeaient les chevaux. C’était une machine dangereuse, aux lames très tranchantes. Un petit voisin de quatre ans y a laissé quatre doigts. Une autre grange, recouverte d’herbe et de fougère (gouzel) servait de remise pour la charrette et divers outils. On voyait aussi dans la cour des tas de betteraves, de foin, de paille recouverts de gouzel ainsi que le tas de bois sec pour la cheminée. La cour était nettoyée, grattée et balayée, tous les ans avant la moisson. Après la moisson, on allait chercher une charretée de sable noir à la grève et on l’étalait.

Y. Dans la cour, je pense qu’il y avait aussi le puits. Moi aussi, dans ma petite enfance, sans vivre à la ferme, j’ai connu la maison sans eau courante avec le puits dans le jardin. Les enfants, il nous était interdit de nous en approcher.

Ph. Oui, toute l’eau était tirée du puits, à l’aide d’un seau qui parfois se détachait et tombait au fond. Pour les enfants, le puits était interdit mais l’eau était attirante, ils y jetaient des choses. Il fallait donc nettoyer et mon père descendait au fond avec une échelle. Avant, avec le seau, il avait descendu une bougie allumée pour tester l’oxygène. Si elle restait allumée, il pouvait descendre, si elle s’éteignait, il ne fallait pas y aller. Il fallait beaucoup d’eau, pour les travaux ménagers, la toilette, abreuver les chevaux, les porcs. Les vaches, pour boire, étaient conduites à la mare. Chaque jour, on allait les garder au champ. En y allant ou en revenant, elles broutaient le long des talus. Parfois, certaines « vaches voleuses » devaient être entravées à l’aide d’une corde, de la tête à une patte avant.

A propos des vaches, le sol de l’étable était en terre battue recouverte de quelques grandes pierres plates. Un jour pendant le nettoyage de la crèche, une pierre a bougé. Louis, le grand-père la souleva et dessous, il découvrit une boîte en fer pleine de pièces, beaucoup de pièces. Louis s’empressa de la remettre au propriétaire. Quelle honnêteté ! À qui pouvait bien appartenir ce trésor ?

Une année, nos vaches ont eu la tuberculose, elles ont dû être abattues. Le vétérinaire disait que le microbe restait dans le sol, il a donc fallu faire une dalle en ciment. Mon frère, Goulven était chargé de puiser dans la carrière toute proche les seaux d’eau dont les ouvriers avaient besoin pour faire la dalle. En hiver, la carrière était bien pleine et Goulven qui devait avoir dix ans est tombé à l’eau et a failli se noyer. Une touffe d’herbe à laquelle il a pu s’accrocher lui a permis de s’en sortir. On a frôlé la catastrophe !

Pour les chevaux, l’écurie était dallée de pierres. Ils avaient beaucoup de valeur, ils travaillaient dur, ils étaient bien nourris, parfois de bonne heure quand ils avaient de gros travaux à faire. Il arrivait que pour ne pas dételer la jument, on lui donnait de l’avoine dans le « sah-min », le sac à museau. Mon père a eu une jument blanche, « Espoir », très robuste, increvable, à qui rien ne résistait. Chaque année elle donnait naissance à un poulain. On disait que le lait de jument blanche guérissait de la coqueluche, maladie grave, assez fréquente à l’époque, redoutée chez les jeunes enfants. « Pa vez ar gazeg o vond da drei » (quand la jument est sur le point de pouliner), il faut agir vite. Quelques nuits avant la naissance prévue, mon père dormait dans l’écurie, sur un lit de paille pour être sur place quand le travail commençait. Espoir avait besoin d’aide rapidement. Elle est restée vingt et un ans à la ferme.

Y. On a parlé des vaches, des chevaux, de la jument. Et les porcs ?

Ph. On les nourrissait avec tous les restes dont le babeurre, reste de lait, l’eau de vaisselle (lavée à l’eau chaude, sans détergent), plus des pommes de terre, du son et des feuilles de choux coupées Ce mélange était servi deux fois par jour. On tuait le cochon pour alimenter la famille en viande. On faisait du « farz » de sang, du lard salé conservé dans le charnier. On préparait aussi le saindoux, les saucisses, des andouilles fumées et le pâté avec les bas morceaux. Quelques années plus tard, tout était conservé en bocaux. La vessie, on la gonflait pour en faire un ballon. .C’était la tradition de distribuer un morceau de pâté chez les proches voisins qui rendaient la pareille. Ainsi, on avait du pâté frais plusieurs fois dans l’année. L’été, c’est le puits qui permettait de garder les denrées au frais. Dans certains puits, une cavité, une chambre, avait été aménagée pour y placer les aliments.

Y. Quels souvenirs avez-vous du quotidien de la ferme, d’une journée de travail ? Ph. La journée commençait tôt : lever à six heures ou six heures trente l’hiver. Premier travail, la traite, la tête contre le flanc des vaches, parfois en chantant des cantiques. Puis on nettoyait la crèche et on donnait à manger aux bêtes. Ensuite, c’était le petit déjeuner : café, lait, pain beurre, suivi des occupations de chacun : sortir les vaches et les chevaux, s’il n’y avait pas de labour prévu. Ma mère s’occupait des enfants et du linge qu’elle devait aller laver au lavoir. Un jour que je l’accompagnais, voulant jouer avec l’eau, alors que Maman m’avait dit plusieurs fois « tu vas tomber », n’écoutant pas, « plouf » me voilà tombée dans le lavoir. Maman accourt et me sort de l’eau alors que je suis déjà sans connaissance. Elle me prend à bras le corps et court à la maison en criant aux voisins : « elle est morte ! elle est morte ! » À la maison, on m’a séchée et couchée. Mon père a pris son vélo pour aller prévenir le médecin. Tous les voisins étaient là…j’ai repris connaissance. L’histoire finit bien.

Y. Il m’est arrivé la même aventure alors que je devais avoir autour de cinq ans. Moi aussi, un jour, alors que j’étais avec ma mère au lavoir, en fait, un espace pavé en pente, aménagé sur le bord de la rivière, jouant sans doute trop près du bord, je suis tombé à l’eau. Ma mère m’a attrapé, m’a sorti de l’eau et très vite m’a ramené à la maison, distante de près d’un kilomètre. C’est ma grand-mère qui s’est occupée de moi pendant que ma mère est retournée au lavoir récupérer le linge et la brouette.

Je vous ai interrompue, excusez moi. Et l’école, c’était loin, jusqu’au bourg, comment faisiez vous ?

Ph À l’école, nous étions en pension. C’était loin, environ cinq kilomètres, mon père nous envoyait en charrette avec tout ce qu’il faut : matelas ou couette en balle d’avoine, draps, couvertures, édredon et le linge, sans oublier le pot de chambre. Il fallait aussi fournir les pommes de terre. Le dimanche, Maman venait prendre le linge sale et nous envoyer des vêtements propres et du beurre pour la semaine. Le linge de rechange était dans le grenier, ainsi que les vêtements du dimanche. Le dortoir était organisé en trois rangées de lits en fer qui couinaient. Deux religieuses dormaient, une de chaque bout. Un grand lavabo, pour une douzaine de personnes, servait pour la toilette, à l’eau froide. Les grandes filles aidaient les plus petites. Le matin, il fallait faire le lit avant de descendre prendre le petit déjeuner. Ensuite, il y avait les groupes de ménage pour la cantine, les escaliers, les couloirs et le dortoir. Les classes : les maternelles, le primaire jusqu’au certificat d’études, le cours ménager. La classe commençait à 8 h 30 par la prière, suivie du catéchisme, ensuite les mathématiques et enfin la récréation. Le dernier temps de travail de la matinée était consacré au français. L’après-midi, il y avait la géographie, l’histoire de France, les sciences, le solfège et la gymnastique. Après le goûter, il y avait étude pour les devoirs puis lecture, tricot ou broderie, c’était selon le bon vouloir de chacune. Entre temps, nous jouions dans la cour, au carré, au carré avion, à la balle, au ballon prisonnier. Puis c’était l’heure du repas suivi du coucher.

Y. Pouvez-vous parler aussi des loisirs ?

Ph. Il n’y avait pas beaucoup de loisirs ni beaucoup de jeux. Avec l’école, nous avons eu quelques séances de cinéma au patronage. Le jeudi et le dimanche, après les vêpres, promenade, si le temps le permettait, sinon, jeux de société. J’ai oublié de parler des cours de savoir-vivre du dimanche soir. On nous apprenait à mettre la table, à bien se tenir à table, comment se comporter en société. À la maison, il y avait les dominos, les cartes. Nous jouions aux devinettes, nous chantions.

Y. Pour terminer, peut-être pouvez vous évoquer les évolutions que vous avez pu voir : l’habitat, la langue, le confort, l’habillement, la nourriture, l’équipement de la ferme, la mécanisation.

Ph. Oui, bien sûr, tout a évolué petit à petit. À force de travail, le cheptel a augmenté. Nous avions loué davantage de terres. Plus la main d’œuvre augmentait, plus il y avait de rendement. Cela a permis d’acheter du matériel. Les gros achats ont été la « Satos » qui a remplacé le char à bancs, la charrue par le brabant, le tracteur qui a été une grande évolution. Et n’oublions pas la mobylette. Pour engranger tout ça, il a fallu un hangar qui servait aussi pour le foin et la paille. Nous avons fait partie d’une C U M A * pour du matériel en commun avec les voisins. La machine à traire est venue ensuite. Pendant ce temps, la maison a été modernisée : achat d’un fourneau, l’électricité, enlèvement des lits clos, réduction de la cheminée, une dalle de ciment, l’eau courante avec un robinet et un évier dans la cuisine. Un lavoir dans la cour, suivi de la machine à laver. Une machine à coudre électrique qui a bien soulagé la couturière qui venait régulièrement travailler chez nous. Au niveau de la langue nous avons assisté également à l’emploi de plus en plus fréquent du français dans la vie courante, ce qui n’était pas toujours facile pour tous. Y. Eh bien Philomène, il me reste à vous remercier de votre accueil, du temps que vous m’avez accordé et de votre contribution lors de nos entretiens pour la rédaction de ces quelques pages destinées au bulletin de Spered Bro Gwiseni.

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Métiers à Guissény, années 1830

Quels métiers* exerçait-on à Guissény, commune du « royaume de France », dans les années 1830 /1848, sous le règne de Louis-Philippe « roi des Français » ?

On trouve des éléments de réponse à cette question lors de recherches généalogiques, dans les actes de naissance, de mariage ou de décès mais ce n’est pas systématique et cela ne concerne qu’un faible pourcentage de la population. Les documents relatifs à l’ensemble de la population sont les états de recensements, les « états nominatifs des habitants », un état par commune. Il suffit de compter, page par page, soit pour l’année 1836, année par laquelle nous commencerons cette rubrique, environ 130 pages manuscrites pour Guissény, ce qui est un peu fastidieux. Vers la fin du Moyen-Âge, il y eut déjà, en France, des recensements ou dénombrements de la population. Ainsi, en 1328, le recensement des paroisses et feux de Bailliages et Sénéchaussées dont le but était de recenser les feux fiscaux, c’est-à-dire les foyers, les familles qui pouvaient servir de références au calcul de l’impôt. Il s’agissait alors de recensements très partiels, ne concernant pas toute la population et seulement une partie du territoire national. Le premier recensement national touchant l’ensemble de la population daterait de 1693 / 1694, sous la conduite d’un ministre de Louis XIV, Louis Phélypeaux de Pontchartrain . Il sera suivi d’autres recensements, dénombrements et enquêtes nationales, à intervalles assez irréguliers. C’est en 1801, sous la direction de Lucien Bonaparte, frère cadet de Napoléon Bonaparte, que fut organisé le premier d’une série de recensements, prévus tous les cinq ans, avec toutefois quelques lacunes autour des périodes de guerre. Quant au recensement comparable à ce qu’il est de nos jours, il date de 1836. Dans l’état nominatif des habitants figure la colonne « Titres, qualifications, état ou profession et fonctions ». Pour le Finistère, les recensements disponibles aux archives départementales et consultables en ligne sont ceux de 1836, 1841, 1846, 1851, 1856, 1861, 1866, 1872, 1876, 1881, 1886, 1891, 1896, 1901, 1906, 1911, (pas de recensement en 1916), 1921, 1926, 1931 et 1936. C’est donc avec l’année 1836, la première de cette série de recensements, que nous ouvrons, dans le bulletin de Spered Bro Gwiseni, la rubrique des métiers anciens sur la commune. Ces métiers étant notés profession dans les états nominatifs des habitants, il ne restait plus qu’à consulter page par page et ligne par ligne, ce document dont des extraits figurent en annexes I, II, III et V : - Annexe I : page de couverture, - Annexe II  : première page, - Annexe III : extrait d’une page quelconque, - Annexe IV : le maréchal expert, - Annexe V : la dernière page. Rappelons que, localement, 1836 fut l’année de l’achèvement de la digue du Curnic dont la construction avait débuté après la destruction, en 1833, de la première digue construite entre la pointe de Beg ar Skeiz et la pointe du Dibennou, ouvrage qui n’a pas résisté aux tempêtes. Le numéro 17 du bulletin, de mars 1994, a été consacré à la construction de cette seconde digue. Comme on le voit dans l’annexe I, la population totale de Guissény en 1836 était de 3039 habitants. En effet, bien qu’il ne soit pas certifié, c’est le rectificatif qui est à prendre en compte puisque, dernière ligne de la dernière page de l’état nominatif, c’est bien 3039 qui est indiqué. Il y avait donc environ mille habitants de plus que de nos jours.

* Plus largement : qualifications, profession, état, titres ou fonctions.

Après analyse de l’état nominatif des habitants, voici, par ordre alphabétique, la liste détaillée des métiers, états, titres ou fonctions des habitants de la commune en 1836.

  • Aubergiste (3)
  • Bedeau (1)
  • Bourrelier (1)
  • Charpentier(9)
  • Cordonnier (6)
  • Couvreur (5)
  • Cultivateur (412) |1|
  • Cultivatrice (212)
  • Desservant(1) [2|
  • Domestique (114)
  • Douanier (9)
  • Expert (2) [3|
  • Filandière (43) [4|
  • Fournier (2) [5|
  • Garde champêtre (1)
  • Infirme (1)
  • Instituteur (1)
  • Journalier /Journalière (70)
  • Lingère (33)
  • Maçon (7)
  • Maire (1) [6|
  • Marchand / Marchande (2)
  • Maréchal ferrant (8)
  • Mendiant / Mendiante (2)[7|
  • Menuisier (4)
  • Meunier (12)
  • Garçon meunier (2)
  • Mousse (1)
  • Notaire (1)
  • Peigneuse (7) [8|
  • Propriétaire (3)
  • Ravaudeur (1)
  • Rentier (2)
  • Rentière (1)
  • Servante (75)
  • Sœur (1)
  • Tailleur (12) [9|
  • Tisserand (19)
  • Tisserande (2)
  • Tonnelier (3)
  • Tricoteuse (8)
  • Vicaire (2)

Notes :

  • 1- Le total de 614 (412 cultivateurs et 202 cultivatrices) représente environ 275 fermes ou cellules familiales Voir « Quelques commentaires » et l’annexe III.
  • 2 - Prêtre qui desservait une paroisse. Une fois formés, les jeunes prêtres, sortis du séminaire, sont affectés dans une paroisse, d’abord comme simples vicaires pendant une période qui peut dépasser une dizaine d’années, puis comme desservants et, pour un petit nombre, curés inamovibles. (cf. Histoire de la Bretagne et des Bretons, en deux volumes de Joël Cornette. Seuil 2005).
  • 3 - Voir « Quelques commentaires ».
  • 4 - Le Petit Larousse illustré 2005 indique : Filandière : n.f Litt. Fileuse. Fileur, euse : n. Text. Personne qui file. Filer : v.t. Transformer en fil des fibres textiles.
  • 5 - Fournier n’était déjà plus dans le Petit Larousse illustré 2005. Dans l’édition 1948, Fournier ou fournière : qui tient un four public, qui entretient et surveille le feu d’un four.
  • 6 - Jean-Marie Salou, maire et cultivateur.
  • 7- La mendicité à Guissény a fait l’objet de deux articles dans le bulletin, l’un dans le numéro 4 de décembre 1990 : Enquête sur la mendicité dans le Léon - la réponse de Guissény (1774), l’autre dans le numéro 51/52 de novembre/décembre 2002 : La mendicité à Guissény en 1774 et en 1860. Voir « Quelques commentaires ».
  • 8 - Dans le vocabulaire du travail du lin, le peignage était une opération consistant à démêler, assouplir les fibres tout en éliminant les restes éventuels de chènevottes (résidus de paille, parties dures des tiges).
  • 9 - Ce nombre de tailleurs, bien que ne représentant que 0,4 % de la population peut paraître étonnant. Voir « Quelques commentaires ».

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Quelques commentaires

Les métiers dénombrés En parcourant, même très attentivement, ces états nominatifs des habitants, l’analyse des métiers (ou professions), outre les problèmes fréquents inhérents à la lecture et à la compréhension de documents manuscrits anciens, présente parfois quelques difficultés supplémentaires. Par exemple, dans une ferme où le fait que le père, la mère, les enfants majeurs, garçons ou filles, se soient tous déclarés, à l’agent recenseur, cultivateurs ou cultivatrices, a pu conduire à multiplier anormalement le nombre réel de ceux et celles exerçant ce métier. Il n’est pas rare non plus de voir des séries de dito (d°), notés D calligraphié, sur des lignes concernant de très jeunes enfants. Pour ces derniers, j’ai fait le choix de ne pas comptabiliser la profession indiquée quand, dans la colonne âge, je lisais moins de douze ans. Le choix de cet âge peut étonner les lecteurs ou lectrices de 2021 mais en 1836, cela n’avait rien de choquant.

En effectuant des recherches généalogiques, ayant consulté de nombreux états de recensements concernant des communes en Charente, en Dordogne, en Gironde et dans le Finistère, cet âge de douze ans pour le travail des enfants au XIXe siècle ne me surprend plus. Voici d’ailleurs un extrait du décret impérial du 19 janvier 1811, décret concernant les enfants trouvés ou abandonnés et les enfants pauvres : « …A six ans, tous les enfans seront, autant que faire se pourra, mis en pension chez des cultivateurs ou des artisans. Le prix de la pension décroîtra, chaque année, jusqu’à l’âge de douze ans (…) les enfans ayant accompli l’âge de douze ans, desquels l’État n’aura pas autrement disposé, seront, autant que faire se pourra, mis en apprentissage, les garçons chez des laboureurs ou des artisans, les filles chez des ménagères, des couturières ou autres ouvrières, ou dans des fabriques ou manufactures… ». (reproduction du texte du décret sans modification de l’orthographe).

Au XIXe siècle, il n’y avait pas que les enfants de l’hospice qui étaient mis au travail à douze ans, voire parfois plus jeunes.

  • Expert : Deux experts ont été dénombrés. De quels experts s’agissait-il ? Difficile de répondre à cette question. Tous les deux avaient des enfants. Les âges de ces enfants étant mentionnés, il n’a pas été difficile de retrouver les actes de naissances, espérant y découvrir quelque précision concernant la profession du père. Rien à ce sujet. Rien non plus dans les listes alphabétiques de métiers anciens. Dans le dictionnaire Littré en 4 volumes de 1877, pour expert, on lit : Terme de jurisprudence. Nom donné à des hommes qui, ayant la connaissance acquise de certaines choses, sont commis pour les vérifier et pour en décider. S’en rapporter aux dires des experts. / À dire d’experts, suivant le dire des experts. / L’affaire sera décidée à dire d’experts. Fig. À dire d’experts sous réserve ; locution qui vient de ce que le dire des experts est définitif et sans réserve… Par ailleurs, notons la découverte d’un document ancien « Le maréchal expert » dont la page de couverture figure en annexe IV. Ce document a été imprimé en 1820, on y lit qu’à la fin du XVIIe siècle, le maréchal expert était en fait un maréchal ferrant dont la formation et les connaissances acquises lui permettaient d’exercer certaines fonctions de vétérinaire. En conclusion : En quoi ces deux experts étaient-ils experts ? On n’en sait pas plus.
  • Tailleurs et lingères. Dénombrer douze tailleurs pour une population de 3039 habitants peut paraître excessif, c’est ce qui, dans un premier temps, vient à l’esprit. En revoyant plus attentivement les pages où ce métier apparaît, on peut se demander si l’agent recenseur, dont l’écriture est parfois difficile à lire, n’avait pas parfois écrit teilleur. En effet, dans le travail du lin, le teillage consistait à extraire la fibre par élimination d’éléments indésirables, le teillage se décomposant en égrenage, étirage, broyage et écangage (séparation des parties ligneuses de la filasse). Or, c’est bien tailleur qui est noté et non teilleur.

Dans la plupart des états de recensement que, par ailleurs, j’ai eu l’occasion de consulter, il n’y avait pas de confusion possible puisqu’il était écrit tailleur d’habits. À cette époque, années 1830 et même plus tard, le métier de tailleur d’habits était très répandu, même dans les campagnes. Itinérants ou sédentaires, pour compléter leurs revenus, certains tailleurs travaillaient aussi la terre. Ceux qui se rendaient à domicile pour faire leur travail et qui n’étaient pas eux-mêmes fermiers, pouvaient parfois recevoir leur dû en nature : beurre, œufs, volailles…

À l’origine, les hommes étaient les seuls à avoir le droit d’habiller les hommes et les femmes. Ces dernières ne faisaient que réparer ou réaliser de légères retouches. On les appelait lingères ou couseuses. La coupe, la confection, voire la broderie, sont restées longtemps la prérogative des hommes. Les femmes se chargeaient de réaliser les coiffes. C’est vers la fin du XIXe siècle, début du XXe, que la couturière confectionnera toutes sortes de vêtements.

Notons qu’en 1830, un tailleur français, Barthélémy Thimonnier, inventa une machine à coudre en bois, à un seul fil, permettant de coudre deux cents points par minute, première machine vraiment opérationnelle après diverses tentatives, dès 1755, d’inventeurs allemands, anglais, autrichiens et autres n’ayant pas abouti.

  • Mendiant et mendiante : À la lecture des articles parus dans les bulletins numéros 4 et 51/52, il apparaît qu’en 1774, on dénombrait « dans la paroisse de Guissény et trève* », une centaine de mendiants et mendiantes alors qu’en 1860, le journal de Morlaix publiait la lettre d’un Guissénien datée du 13 février dans laquelle il était écrit : « …il est permis de croire que la mendicité est éteinte ici définitivement ».
  • Les absents : Étonnement, certains métiers comme sabotier, goémonier, pêcheurs, n’apparaissent pas dans les pages de l’état nominatif des habitants.

En ce qui concerne goémoniers et pêcheurs, le ramassage du goémon et la pêche n’étaient sans doute pas les activités principales de ceux et celles qui les pratiquaient. Dans son récent ouvrage, L’enfant et le cheval, Goulc’han Kervella écrit « Mon grand-père était paysan goémonier » Dans ce cas, c’est sans doute paysan ou cultivateur qui était déclaré à l’agent recenseur.

  • Sabotier : À cette époque, première moitié du XIXe siècle, un ouvrier ou un paysan usait cinq ou six paires de sabots de bois par an. Or les sabotiers, en raison des difficultés et du coût de transport du bois s’installaient généralement à proximité immédiate des zones boisées, parfois avec la famille, dans des huttes construites sur place. Ils abattaient et débitaient eux-mêmes leur bois. Un sabotier expérimenté réalisait trois ou quatre paires de sabots par jour. Il pouvait, périodiquement, quand ce n’était pas trop loin, aller proposer sa production aux foires et marchés. Ou bien, les marchands ambulants et les cordonniers venaient s’approvisionner directement chez le sabotier pour la revente au détail dans les villages. Et certains cultivateurs, l’hiver, ayant plus de temps disponible, confectionnaient, plus ou moins bien, eux-mêmes, leurs sabots.

Il n’y avait pas que les paysans qui essayaient de confectionner leurs sabots de bois. Un souvenir me revient, ce n’était pas au XIXe siècle et pas non plus en Bretagne, c’était en Charente, un petit village sur la commune de Ruelle-sur-Touvre, ma ville natale. Chez mon grand-père paternel qui était ouvrier à l’arsenal de Ruelle, enfant, je jouais sur un curieux « cheval de bois ». J’ai su plus tard qu’il s’agissait d’une sorte de banc de sabotier que mon grand-père utilisait pour « bricoler » des sabots de bois et autres objets divers, parfois de petits jouets. C’était pendant l’Occupation.

Dans un prochain bulletin, nous verrons, en une trentaine d’années, l’évolution de la population et des métiers exercés dans la commune, au recensement qui a précédé la guerre de 1870/1871, celui de 1866 ou celui qui a été organisé après la guerre, en 1872 au lieu de 1871.

* La trève, et non trêve (mot bien connu en français), était une subdivision de paroisse. Ici, il s’agit de Saint-Frégant qui a été trève de la paroisse de Guissény, jusqu’ en 1791. Dans un lexique Breton-français de 1982, on lit : treo, tre : trève (subdivision de paroisse)

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