Couverture 124

Sommaire :

. Les métiers à Guissény (Yves ELUSSE)

. Les guides bleus (Philippe ELUSSE)

. La visite au château de Kerjean (Jacques BUTTET)

. Un nouveau livre à la bibliothèque : Anne Guillou (Yves ELUSSE)

. Petit journal pendant l’occupation (M.F. MOYSAN et Y. ELUSSE)

. Paysages anciens et d’aujourd’hui (Jacques BUTTET)

. Photos de la statue de saint Sezny

****************************************************************************

Les guides bleus

Dans l’édition de 1930 des Guides bleus, librairie Hachette, quelques lignes sur Guissény.

CarteFinistèreNord
CarteGuissény

On remarque dans l’othographe des lieux : - Larengat pour Lavengat, - La Quillimadec pour Le Quillimadec

TexteTrajet

Documents reçus de la part de Philippe Elusse, adhérent et lecteur de « Chronique de Guissény » résidant en Ariège.

**********************************************************************

Visite au Château de Kerjean

Le château de Kerjean

Le jeudi 26 août 2021, une visite du château, organisée par Spered Bro Gwiseni, a réuni dix personnes dont cinq non adhérentes, ce qui est bien peu mais suffisant pour obtenir un tarif de groupe. Ce château, bien connu dans la région, a été érigé au XVIe siècle par la famille Barbier de souche léonarde. Le maître d’œuvre de l’édifice qui reste inconnu, s’est inspiré du style Renaissance, en vogue à cette époque, tout en lui conférant un caractère défensif par une grande enceinte de forme trapézoïdale flanquée d’un petit bastion à chacun de ses quatre angles. Un grand parc remarquable l’entoure où l’on peut admirer un pigeonnier de belle allure. La visite commence par une vidéo sur la généalogie des seigneurs de Kerjean et l’histoire mouvementée du château jusqu’à ce qu’il devienne bien national au XXe siècle. L’intérêt de cette visite porte principalement sur l’exposition temporaire présentant les différents protagonistes du monde au XVIe siècle, des Ming de l’empire chinois aux Incas des Andes, en passant par l’Europe, le monde ottoman et les royaumes africains. La première salle est consacrée à la cartographie du monde vue par les artistes des différents continents. Le visiteur a parfois des difficultés à reconnaître leur représentation, en particulier lorsque le sud et le nord du globe sont inversés, ainsi que l’est et l’ouest pour certaines cartes dressées par les Arabes qui écrivent de la droite vers la gauche. Suivent un nombre important de salles consacrées aux continents, leur histoire, leur civilisation, et les découvertes qu’ils ont faites. Notre groupe a bien apprécié le parcours proposé dans le château et a terminé la visite dans la cour principale pour la photo traditionnelle.

Jacques BUTTET

**************************************************************************

Petit journal pendant l’Occupation

En triant et mettant un peu d’ordre dans les archives familiales, nous avons découvert un petit carnet dans lequel Michel Riou, préposé des douanes en retraite, tenait pendant l’Occupation un petit journal. Dans la plupart des pages du carnet figurent des notes concernant la vie quotidienne, à caractère personnel et familial, qui n’ont pas leur place dans ce bulletin. Toutefois, quelques notes, moins personnelles peuvent peut-être intéresser les lecteurs et lectrices de « Chronique de Guissény ». Michel Riou qui habitait alors rue Biterel* dans la maison dont l’adresse actuelle est 1 route du Curnic, hébergeait sa fille avec ses trois enfants.

*Adresse figurant sur les cartes et lettres envoyées par son gendre, François Moysan, prisonnier en Autriche.

Petit journal sous l’Occupation

18 décembre 1941 : Aujourd’hui, deux avions sont tombés en mer à la pointe de Kerlouan, un autre à Plouguerneau, dans un champ, et un autre à Brignogan. Ces quatre sont tombés après un combat aérien.

5 janvier 1942 : Un Allemand ne voulant pas aller en Russie s’est suicidé à côté de la croix de la Mission, à la grève. Léon Guéguen a constaté le décès et l’officier a appelé monsieur Rannou pour lui administrer l’Extrême Onction. Je ne sais si on l’a administré puisqu’on l’a trouvé froid.

22 avril 1944 : Aujourd’hui, jour mémorable, les Allemands ont perquisitionné dans la plupart des maisons du bourg. Chez nous, ils sont venus vers midi et demi. Il y avait deux avec moi dans la salle, trois autres dans la cuisine, avec Yvonne, fouillant partout, dehors il y avait trois ou quatre autres armés du fusil, il y avait aussi une mitraillette. Après, les chambres et le grenier. D’autres ont visité le garage où j’ai l’habitude de mettre une chique froide après dîner. Mon tabac, je le mettais dans le garage pour ne pas être à la portée des enfants. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que mon tabac avait disparu, il y avait la ration pour 20 jours. Je cours à la recherche de mes soldats. Sur la rue, on me dit qu’ils étaient rentrés au presbytère. J’y cours et après beaucoup de pourparlers, j’ai pu avoir mon tabac. Que j’étais heureux. Il y a une quinzaine qui ont été arrêtés des suites des perquisitions et ont été dirigés sur Brest. Dont monsieur le Maire, Joseph Fily, l’abbé Rouallec, vicaire, petit Jean etc…Quelle calamité. Monsieur le Recteur aussi.

Samedi 12 juillet 1942 : Aujourd’hui, nous avons enfoui dans le verger, 32 bonnes bouteilles : Cognac, vins fins, blancs et rouges, ainsi que des apéritifs, de crainte qu’il aurait fallu évacuer, car il en a été question.

Le 31 mai 1944 : François étant prêt d’arriver à la maison, nous avons enlevé les bouteilles qui sont toutes intactes, sauf les étiquettes. Presque deux ans dans la terre.

3 juin 1944 : Arrivée de François à 20 h 30 avec le car Lagadec. Yvonne et ses trois enfants étaient au car, moi j’étais à la grève à pêcher des crevettes.

Deux des événements auxquels Michel Riou fait référence dans son carnet ont été relatés dans :

1- Chronique d’hier, tome 1, la vie du Léon 1939-1945 de Roland Bohn avec la participation de Robert Salaun

Chute d’avions le 18 décembre 1941

… L’année se termine par une nouvelle chute d’avion, cette fois à Plouguerneau. Elle a lieu le jeudi 18 décembre, jour de foire qui rassemble environ 4000 personnes. En fin de matinée, un bombardier de type Lancaster revenant de Brest perd progressivement de l’altitude, à tel point que la population pense qu’il va s’écraser sur la ville. Par miracle, il réussit à aller se poser dans un champ, au lieu-dit Croaz Edern, en bordure de la route Plouguerneau-Guissény. L’avion se disloque ; le « sergeant »* Baker, pilote, resté à bord avec le « sergeant » Towns sont tués. Ils sont inhumés au cimetière de Plouguerneau. Les autres membres d’équipage qui ont pu sauter en parachute, atterrissent dans la région de Lilia. Trois d’entre eux sont immédiatement appréhendés par l’occupant. Un quatrième peut se soustraire à l’ennemi durant quarante huit heures grâce à l’aide d’Ogor Guillaume, de Loaëc Marie, tous deux de Crukerrou et de Gouez Jean d’Enez-Sanq. Ils le cachent dans une maison désaffectée où ils le ravitaillent. Les Allemands ne tardent pas à les trouver. Les trois plouguernéens sont arrêtés. Loaëc Marie est condamnée à deux mois de prison tandis que ses deux compagnons écopent chacun de quatre mois de la même peine qu’ils exécuteront à Rennes. Il y a lieu de penser qu’un cinquième passager de ce bombardier tomba en mer. Découvert noyé au large des côtes de Brignogan le même jour, il sera enterré dans le cimetière de cette localité. Il s’agissait du « sergeant » Davey Gordon.

2 - Chronique de Guissény n° 49 d’avril 2002

Perquisition dans le bourg de Guissény en avril 1944.

Cet article de deux pages concerne plus spécialement l’école Sainte Jeanne d’Arc, il a été rédigé d’après les archives de l’école. Toutefois, la réquisition, comme le précise le titre, concernait tout le bourg. « …mais pendant ce temps tout le bourg était cerné, une fouille identique s’y effectue… »

* Grade en anglais dans le texte.

Marie-Françoise Moysan et Yves Elusse

*************************************************************************

Paysages anciens et d’aujourd’hui pris du même endroit

Les paysages de Guissény qui nous sont familiers ont-ils vraiment changé avec le temps ? S’agissant du bord de mer on constate que là où il y a des enrochements, naturels ou artificiels, le trait de côte n’a pratiquement pas reculé. En revanche les plages non protégées ont subi des enfoncements importants, y compris celles qui avaient été protégées par des obstacles non adaptés qui n’ont pas résisté aux assauts des tempêtes. (photo ci-dessous) Les photos comparatives proposées ci-après concernent des paysages du début de la baie de Guissény. Il s’agit, à partir d’une photo ancienne, le plus souvent celle d’une carte postale, d’essayer de prendre la même photo sous le même angle lequel n’est pas toujours facile à trouver. Notons au passage que certaines cartes postales ont été éditées il y a 50 ans, voire 100 ans ou plus. En regardant les trois exemples proposés, on peut faire les remarques suivantes : On constate peu de changements survenus dans un laps de temps assez long. Bien sûr on aperçoit un peu plus de végétation, parfois des maisons qui n’existaient pas. Lorsqu’il s’agit de paysages nouvellement urbanisés, le constat est différent car on reconnaît avec peine l’endroit de la prise de vue initiale. Une autre série de photos comparatives sera proposée ultérieurement. Les lecteurs possédant d’anciennes photos ou cartes postales peuvent essayer de retrouver le lieu de la prise de vue et pourquoi pas de photographier ce qu’ils voient aujourd’hui. C’est un jeu distrayant.

le Vougot après la tempête

Plage du Vougot après la tempête de mars 2007. Le recul de la dune avait été estimé à six mètres !

Comparaison à 104 ans d’intervalle ! Les 2 rochers à gauche sont toujours là. Ceux de droite ont été ensablés Sur le haut de la falaise la végétation est un peu plus dense

photo comparée à la carte postale
Guissény - La Grève
LaCroix
La Croix le 26 septembre 2021

Près d’une centaine d’années après ! La cale dont on aperçoit un bout dans le coin droit en bas a recouvert les rochers au centre de la carte ancienne. La dune que l’on voit n’existait pas bien sûr.

La Croix

Photo du haut : date sans doute des années 50, le champ dominant la plage est encore cultivé. Photo du bas : prise l’été 2021. Conclusion : peu de différences. La pointe de Kerlouan est vide de constructions et de végétation. La pointe dunaire au premier plan semble plus dégradée que celle que l’on voit aujourd’hui.

vue des barachou

***************************************************************************

Photos de la statue de saint Sezny dans la Vallée des Saints

DSCF9006
DSCF9015
DSCF9014 (2)
DSCF9017 (2)

**************************************************************************

Les métiers à Guissény en 1872

Dans le bulletin précédent, le numéro 123, la rubrique concernant les métiers anciens dans la commune a été ouverte sous le titre : Métiers à Guissény, années 1830. C’est l’année 1836 qui a ouvert cette rubrique. Pourquoi 1836 ?

Rappelons que 1836 était la première année d’une série de recensements comparables à ce qu’ils sont de nos jours, consultables en ligne aux archives départementales, recensements normalement programmés tous les cinq ans. Ainsi, dans les années 1870, les recensements auraient dû avoir lieu en 1871 et 1876. Or, en raison de la guerre de 1870 et de la Commune, le recensement a été retardé d’une année, il a eu lieu en 1872. C’est donc ce recensement qui a servi de base pour voir quelle a été, 36 ans après 1836, un tiers de siècle, l’évolution des métiers exercés dans la commune.

Dans l’état de recensement, « l’état nominatif des habitants », dans les 17 colonnes que comporte chacune des pages, la colonne numéro 8 indique les métiers exercés par les habitants, elle est intitulée : « Titre, qualifications, état ou profession et fonction »*

Les autres colonnes sont intitulées :

1 - Désignation des quartiers, villages ou hameaux,

2 - Désignation des rues dans les chefs-lieux,

Puis, numéros par quartier, village, hameau, rue : 3 - des maisons. 4 - des ménages. 5 - des individus.

6 - Noms de famille. 7 - Prénoms.

Ensuite : Sexe masculin : 9 garçon . 10 hommes mariés. 11 veufs.

Sexe féminin : 12 filles. 13 femmes mariées. 14 veuves

Enfin :

15 - âge.

16 - Nationalité - lieu de naissance.

17 - 0bservations.

Pour l’année 1872, l’état nominatif, outre la page de couverture et les pages récapitulatives, comporte cent pages de trente lignes (une ligne par habitant) et la dernière page de douze lignes, soit un total de 3012 habitants. En comparaison avec le recensement de 1836, il y donc une très légère diminution de la population puisque cette année là, 3039 habitants avaient été dénombrés sur le territoire de la commune.

* Dans le titre : métiers. Dans l’état nominatif : profession. Les puristes pourront toujours consulter leurs dictionnaires pour voir quelle est la nuance entre métier et profession. Ce qui est certain c’est que lorsqu’on a de l’expérience dans une profession, on dit qu’on a du métier. Et quand on parle d’un ensemble de personnes exerçant le même métier, on dit : dans la profession.

Titres, qualification, état, ou profession et fonction :

Aubergiste (1)

Bedeau (2)

Berger (2)

Blanchisseuse (1)

Boucher (1)

Boulanger (apprenti) (1)

Bourrelier (0)

Buraliste (1)

Cabaretier (1) Cabaretière (1)

Cantonnier (1)

Charpentier (5)

Charron (4)

Charroyeur (1) - un homme qui transporte sur des chariots, des charrettes

Commerçant (1) Commerçante (1)

Cordonnier (3)

Couturière (21) - en 1836, il n’y a pas de couturière mais 33 lingères

Couvreur (1)

Cuisinière (2)

Cultivateur (376) Cultivatrice (20)

Débitant / Débitante (9) - sur les 9 recensés, il est précisé : un débitant de tabac et une débitante de boissons. Pour les 7 autres, aucune précision supplémentaire.

Desservant (0)

Domestique (211)

Douanier (8)

Épicière (1)

Expert (0)

Ferblantier (1)

Fileuse / Filandière (7) - 43 en 1836

Forgeron (7)

Fournier (1)

Fruitier (1)

Garde-champêtre (1)

Gardien de la digue (1)

Infirme (0)

Instituteur (1)

Institutrice (religieuse) (1)

Journalier / journalière(44)

Lingère (0)

Maçon (5)

Maire (1) - Laurent Collic en 1872

Marchand / marchande (0)

Matelot (1) - En 1836, il n’y a pas de matelot, mais un mousse. Ce matelot ne devait pas être un marin d’Etat car selon les directive à l’agent recenseur, il n’aurait pas été décompté.

Maréchal ferrant (1)

Mendiant / Mendiante ) (0)

Ménagère journalière (1)

Menuisier (7) Apprenti menuisier (1)

Meunier (9) Garçon meunier (5)

Minotier (1)

Notaire (1)

Peigneuse (0) - Une étape avant le tissage du lin

Propriétaire (3)

Ravaudeur (0)

Recteur (1)

Religieuse (3)

Rentier / Rentière (0) - Rentier ou retraité ?

Repasseuse (2)

Retraité (4)

Servante (0) - Pas de servante, elles ont peut-être été inscrites comme domestique

Sœur (0) - comptée comme religieuse

Sous-brigadier (1) - Sans doute sous-brigadier des Douanes car, comme les marins d’Etat, les militaires inscrits sur les contrôles de corps de troupe ne devaient pas être comptés

Tailleur (9)

Tisserand (7) - Le nombre diminue par rapport à 1836 : sans doute la conséquence du déclin des métiers du lin. Dans la marine, la vapeur a remplacé la voile et les filatures du Nord ont provoqué la diminution de l’usage du lin et du chanvre

Tisserande (1)

Tonnelier (1)

Tricoteuse (3)

Vagabond (1)

Vicaire (2)

Certains métiers ne figurent pas dans le recensement de 1836 : berger, blanchisseuse, boucher, boulange, buraliste, cantonnier, charron, charroyeur, cuisinière.

****************

Quelques précisions sur les directives à l’agent recenseur.

La première page de l’état de recensement comporte, à l’attention du recenseur, des directives précises et très détaillées su la manière de remplir les colonnes citées plus haut. Titre de cette première page : « Les explications sur le mode de formation de l’état »

En voici des extraits, avec le vocabulaire et le style de l’époque. …. Colonnes 3 - 4 - 5 …on procédera par maison ; dans chaque maison, par ménage…

Colonnes 6 et 7 …on inscrira d’abord le chef de ménage, homme ou femme, puis la femme de ce chef, puis ses enfants, s’il en a, puis les ascendants, parents ou alliés faisant partie du ménage : enfin les domestiques, les employés et les ouvriers qui vivent et qui ont leur résidence avec la famille.

Colonne 8 …on fera connaître, dans cette colonne, outre la profession, la position de chaque individu par rapport au ménage dont il fait partie, c’est à dire qu’on indiquera s’il en est le chef ou l’un des enfants, s’il y appartient en qualité de parent ou d’allié ou seulement comme employé ou domestique à gages…

C’est dans cette colonne 8 que, par sept fois, figurait la mention : enfant de l’hospice, hospice de Brest puisque pour ces sept enfants, dans la colonne 16 prévue pour le lieu de naissance, pour tous il était noté : Brest. Dans la colonne 15 réservée à l’âge, chronologiquement, dans l’ordre où ces enfants figurent dans l’état de recensement : 10 mois, 5 ans, 6 ans, 5 ans, 5 ans, 11 ans et 7 ans.

Rappelons à ce sujet que la réglementation prévoyait pour les « familles nourricières » une allocation de l’État jusqu’au douzième anniversaire de l’enfant. (cf : bulletin n° 120, un nouveau livre à la bibliothèque).

Dans les prochains bulletins, nous verrons, après les années 1836 et 1872, l’évolution des métiers sur la commune en 1911 et 1921 (recensements effectués avant et après la guerre, celui de 1916 n’a pas été fait) et enfin en 1936.

Yves ELUSSE