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Sécherie

Histoire d’un conflit entre Plouguerneau et Guissény au XIXe siècle pour la possession de la Sécherie au Curnic, espace essentiel pour la récolte du goémon.

Les communes littorales présentent une particularité : deux mondes bien différents y coexistent, le Menez et l’Arvor. Dans le Menez, l’économie est strictement agricole, les fermes sont assez importantes, les champs assez vastes et en général entourés de talus. Sur l’Arvor, l’économie est mixte : les paysans possèdent de petites fermes mais sont goémoniers en même temps ; les pêcheurs ont aussi leur lopin de terre ; les champs, petits et très fragmentés, s’inscrivent dans un espace ouvert : les mezou.

Ainsi, le chanoine Uguen présente-t-il Guissény : « La paroisse de Guissény, située sur la Manche, forme deux parties nettement distinctes : la plaine qui, comme étendue, n’occupe que le tiers de la paroisse mais comme importance vaut plus que la moitié, qui produit des récoltes tout à fait supérieures ; la montagne, « ar menez », ou encore « varlachou », si l’on peut appeler montagne une terre de 50 à 70 mètres au-dessus du niveau de la mer. Dans cette partie, le sol est moins riche mais les fermes sont plus étendues. Dans la plaine, rares sont les fermes qui ont plus de 15 journaux, tandis que, dans la partie haute, on trouve des fermes qui ont 25, 30 journaux ; il n’y a que trois ou quatre fermes qui dépassent 40 journaux… Guissény est baigné par la mer sur une longueur de six kilomètres ; les côtes sont basses, sablonneuses en grande partie ; une digue, reconstruite en 1834, d’environ 600 mètres de long, a fait gagner sur la mer une grande quantité de terrain qui produit beaucoup de seigle et surtout des pommes de terre. Ce terrain est divisé en parcelles d’environ 10 ares, et loué, par la compagnie qui a construit la digue, de 5 à 6 francs chaque parcelle. De tous les points de la paroisse, on loue ces parcelles ; la mer étant à proximité, on les fume avec le goëmon4, et l’on obtient à peu de frais d’excellentes récoltes. C’est surtout dans les années de sécheresse que la récolte est bonne, car le sol est très humide, recevant les eaux des collines voisines de sorte qu’il ne demande qu’à être chauffé par le soleil pour produire du seigle et des pommes de terre de qualité. Cette plaine gagnée sur la mer et le village voisin s’appelle Le Curnic : les habitants, les Curniquois, logent dans des chaumières creusées dans le sable, basses, couvertes de chaume, n’ayant qu’une petite fenêtre du côté du Midi, car des ouvertures du côté de la mer donneraient trop de prise au vent du large. C’est une population à part, vivant de la récolte du goëmon, qu’ils brûlent pour en faire de la soude ou vendent aux villages éloignés de la mer… » Plus loin il ajoute : « Le Curnic d’aujourd’hui n’est plus du tout le Curnic d’autrefois. Combien de fois n’ai-je pas entendu moi-même les Curniquois me dire : « Nous avons été pauvres autrefois M. le Recteur, mais nous ne le sommes plus, Dieu merci ». Et de fait, ils ont loué un peu partout sur la côte des champs et des prairies, et en plus de leurs ressources d’autrefois, ils ont trouvé une source de plus de bien-être dans le commerce du pioca. Le pioca est une espèce de goëmon blanc pris au large dans les grandes marées, et qui sert à faire des plats doux délicieux. Aussi possèdent-ils aujourd’hui chevaux, vaches et charrettes, ce qui était très rare autrefois. Ils ont abattu leurs chaumières insalubres, ou plutôt leurs taudis, et construit des maisons neuves mieux aérées, soit en moëllon, soit en briques de ciment. Bientôt une belle grande source de richesses. Pourvu que ce ne soit pas au moins pour plusieurs une cause de ruine morale ».

Un procès-verbal de l’amirauté de Léon, dressé en 1726, fournit des renseignements sur la pêche en mer et la flottille de pêche des ports de la côte ; pour Guissény, il signale : « on se contente de récolter du goémon ; il n’y a plus de pêcheurs ».

Chaque paroisse côtière a son « armorique », un quartier littoral, une zone qui, d’ailleurs, est souvent en voie de rétrécissement, du fait de la progression des sables (exemple de Tréménach à Plouguerneau au début du XVIIe siècle). Ces « armoricains » qui trouvent dans la pêche à pied des coquillages et des crustacés un complément de nourriture, sont en outre les premiers bénéficiaires des amendements et engrais marins que constituent les sables coquilliers (permettant de lutter contre l’acidité des sols) et surtout les algues (notamment le goémon sar, ou goémon noir, ou varech).

(à suivre…)

Fascicule consultable au local de Spered (le samedi de 14h30 à 16h30), à Ti an Oll, à Guissény.